Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de l’association SOS Massif des Vosges.
Grand Tétras : un nouveau décès qui confirme le fiasco du programme de réintroduction.
Nous venons d’apprendre la mort d’un énième Grand Tétras relâché dans le massif vosgien.
Il ne resterait aujourd’hui qu’un seul individu dont la présence peut être attestée, le dernier à émettre encore un signal GPS. Deux autres, issus de la première vague de réintroduction de 2024, ne sont plus localisables depuis que les batteries de leurs balises sont hors service. Un quatrième, réintroduit ce printemps, a disparu des radars quelques jours seulement après son relâcher.Un salarié à temps plein suit donc aujourd’hui… un seul oiseau.
Ce constat, au-delà du comique involontaire, illustre la dérive d’un projet devenu absurde : des centaines de milliers d’euros dépensés, des oiseaux morts, et aucune perspective sérieuse de restauration d’une population viable.
Une opération hors sol, dénoncée dès le départ.
Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV) avait été averti :
Les habitats favorables au Grand Tétras ont disparu ou sont fragmentés (moins de 7 000 ha au lieu des 20 000 nécessaires a minima).
- Le dérangement humain est constant, été comme hiver : circulation automobile sur la route des Crêtes, explosion des loisirs de plein air, motorisés ou non.
- La forêt vosgienne reste déséquilibrée, appauvrie par la surdensité d’ongulés et une sylviculture incompatible avec les besoins de l’espèce.
- Le changement climatique compromet la survie d’un oiseau dépendant de l’enneigement hivernal.
Ces réalités ont conduit les instances compétentes, le CSRPN Grand Est et le CNPN à rendre des avis défavorables, argumentés et sans équivoque.
Une gabégie écologique et financière.
En deux campagnes (2024–2025), près d’un demi-million d’euros ont été engloutis dans ce programme : 18 oiseaux capturés en Norvège, 2 morts au moment de la capture, 15 morts ou disparus après relâcher, 1 seul dont il est possible d’attester qu’il est encore en vie à ce jour.
Une « démarche adaptative », selon les porteurs du projet, qui ressemble surtout à une fuite en avant et à une communication d’autosatisfaction.
Pendant ce temps, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges tente de réorienter la narration de son échec en désignant un nouveau coupable, la faune sauvage elle-même.
La nouvelle dérive : accuser les méso-prédateurs
Lors du dernier «comité Tétras», le Parc a explicitement évoqué la nécessité de réguler les «prédateurs», martres, renards, fouines, tenus pour responsables de la disparition des œufs ou des oiseaux relâchés.
La préfète des Vosges aurait même demandé aux services de la DDT «d’examiner les moyens réglementaires de régulation des martres», pourtant espèce protégée.Cette orientation est non seulement infondée scientifiquement, mais dangereuse écologiquement.
- Elle revient à détourner un échec humain vers des boucs émissaires naturels
- Elle menace des espèces protégées essentielles à l’équilibre des écosystèmes forestiers
- Elle ouvre la porte à une régulation cynégétique arbitraire qui, sous couvert de «sauver le Grand Tétras», affaiblirait encore la biodiversité vosgienne.
Après avoir sacrifié le Grand Tétras, on s’apprête à sacrifier ses prédateurs naturels.
Ce glissement est moralement et scientifiquement inacceptable.
Une nature détournée, un symbole sacrifié
Ce naufrage n’est pas seulement celui d’un programme, mais celui d’une vision dévoyée de la nature : on dépense sans restaurer les milieux, on manipule les écosystèmes au lieu de les comprendre, on sacrifie des oiseaux au nom de la communication institutionnelle.
Pendant que s’éteint le Grand Tétras, les causes profondes de son déclin, fragmentation, dérangement, déséquilibres forestiers, demeurent intactes.
Pour un moratoire et une réorientation urgente
Nous demandons :
- L’arrêt immédiat de ce programme de prélèvements et de réintroduction
- L’abandon du projet de régulation des méso-prédateurs, contraire à la législation sur les espèces protégées
- Le redéploiement des moyens vers la restauration concrète des habitats, la limitation du dérangement et la mise en œuvre d’une politique cohérente de quiétude dans le massif.
- Un audit public et indépendant sur la gestion scientifique et budgétaire du programme de réintroduction.
Il est temps de cesser les artifices et de s’attaquer enfin aux causes réelles.
Le Grand Tétras n’a pas besoin d’être « réintroduit », il a besoin d’un territoire vivable.
le 8 novembre 2025
SOS Massif des Vosges, Avenir et Patrimoine 88, Paysage Nature et Patrimoine de la Montagne Vosgienne. Lorraine Association Nature (LOANA), Association de Secours et de Placement des Animaux Vosges (ASPA Vosges), Biodiversit’Haies 88, Oiseaux Nature.
