Gérardmer – Dans les griffes du cinéma français

Le Festival international du film fantastique de Gérardmer rendra hommage au cinéma fantastique français à travers une grande rétrospective en la présence d’une vingtaine de cinéastes qui ont façonné le genre en France et poursuivent son évolution aujourd’hui.

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© DR / La Cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet & Marc Caro.

Une tradition primale.

Le cinéma français est marqué au fer rouge du fantastique dès sa naissance, hanté par une double gestation qui enfantera deux traditions, réaliste et onirique, incarnées d’un côté par les frères Lumière et de l’autre par Georges Méliès. Méliès, l’enchanteur, cristallise les fondations d’un art de l’imaginaire et des effets spéciaux, suivi par de grands maîtres comme Louis Feuillade (les serials Fantomas), Albert Capellani (Pied de mouton), Jean Cocteau (La Belle et la Bête), Claude AutantLara (Sylvie et les fantômes), Marcel L’Herbier (La Nuit fantastique), Alfred Machin (Le Manoir de la peur), Christian-Jaque (Coïncidences), Jean Renoir (Le Testament du Docteur Cordelier), George Franju (Les Yeux sans visage), Agnès Varda (Les Créatures), devenant dans les années 70 le terrain de jeu de quelques cinéastes s’essayant au genre comme Louis Malle (Black Moon) ou Claude Chabrol (Alice ou la dernière fugue), mais aussi d’expérimentateurs des marges fascinés par le mythe de la femme-vampire comme Jean Rollin (Le Frisson des vampires) ou Harry Kümel (Les Lèvres rouges)… Pour autant l’idée d’un cinéma fantastique français ne va pas de soi, longtemps éclipsée par la domination internationale du cinéma de genre anglo-saxon.

30 ans de cinéma français contemporain.

La tradition onirique Impossible d’évoquer le fantastique français contemporain sans parler de Caro et Jeunet, artisans et bricoleurs de génie, qui ont façonné toute une esthétique d’un cinéma onirique et fantaisiste. Christophe Gans, Président du jury en 2015 et immense expert du genre, s’impose, lui, comme le pionnier d’un cinéma hexagonal fantastique et ambitieux, en métissant l’imaginaire de Cocteau à la veine du fantastique américain et asiatique. Albert Dupontel et Michel Gondry séduisent eux aussi le monde par un univers singulier, de masques, de machines et de rêves. Dans un tout autre genre, Gaspar Noé poursuit ses visions cauchemardesques dans un cinéma halluciné, Jan Kounen explore un surnaturel teinté de chamanisme, Lucile Hadzihalilovic plonge dans l’étrangeté absolue d’un genre longtemps considéré comme impur et Marina de Van repousse les limites du réel en créant un cinéma du malaise. Fabrice Du Welz, en habitué du Festival, continue lui aussi d’explorer grâce aux moyens de la mise en scène un univers singulier de l’angoisse et de la folie.

La New French Frayeur « Le silence de la raison engendre des monstres » clamait Goya. Une horreur que ne renieraient pas les représentants de ce que l’on a appelé la « New French Frayeur », initiée par Alexandre Aja au début des années 2000 et à laquelle on peut rattacher les nombreuses expériences trash d’un cinéma de l’épouvante : Xavier Gens, Alexandre Bustillo & Julien Maury, Pascal Laugier, Benjamin Rocher, Yannick Dahan, Coralie Fargeat, Kim Chapiron…

Les auteurs s’emparent du fantastique.

Il n’est pas anodin qu’une cinéaste comme Claire Denis s’empare avec Trouble Every Day et High Life du film de vampire et de science-fiction ou qu’un réalisateur aussi établi qu’Olivier Assayas saute le pas pour se projeter dans l’au-delà (Personal Shopper) grâce à des effets de pure mise en scène. C’est sans aucun doute le signe d’une réhabilitation d’un genre longtemps considéré comme impur. L’émergence de Julia Ducournau sur la scène internationale marque aussi un tournant avec ses teenage-vampires qui imposent une nouvelle vision du genre au travers du cannibalisme adolescent ( Grave ). Nombreux sont les auteurs qui se confrontent aux plus grandes traditions du fantastique en les intégrant à des mises en scènes très personnelles : amoureux du cinéma italien des années 1970, le duo de réalisateurs Hélène Cattet & Bruno Forzani inventent un nouvel art du « giallo experimental » ; Sébastien Marnier choisit, lui, de mettre ses pas dans ceux de John Carpenter (L’Heure de la sortie) ; Thomas Salvador crée le premier film de super-héros français (Vincent n’a pas d’écaille) ; Blaise Harrison (Les Particules) réinvente le film de science-fiction dans une vision métaphorique et intimiste de la jeunesse rurale ; Thomas Cailley se confronte avec audace à l’immortalité dans sa série d’anticipation Ad Vitam ; et le fantasque Benoît Forgeard (Yves) transfigure la réalité de son regard excentré et excentrique…

Le festival de Gérardmer, depuis 6 ans déjà, en dessine les contours pluriels, poursuivant la tradition composite d’un cinéma ouvert sur les songes, les peurs et l’étrange. Surnaturel et merveilleux côtoient en France autant le gore, l‘épouvante que la fantaisie, l’onirisme que l’excentricité ou la poésie, ne dessinant en aucune façon une esthétique homogène ou un courant, traversant aussi bien les champs du cinéma bis d’exploitation, du cinéma d’auteur que du cinéma commercial. Le cinéma français des 30 dernières années constitue le terrain privilégié d’un renouveau hétéroclite du genre dont le Festival de Gérardmer a été le témoin et le cicérone. C’est à tous ces imaginaires français que nous avons voulu rendre hommage cette année en saluant le talent, l’audace et la liberté de ces artistes qui se confrontent à nos peurs et émotions les plus profondes comme les plus tangibles.

Rétrospective.

Voici la liste des films qui seront projetés dans le cadre de la rétrospective.

1995 LA CITÉ DES ENFANTS PERDUS de Jean-Pierre Jeunet & Marc Caro

2001 LE PACTE DES LOUPS de Christophe Gans

2004 BLUEBERRY de Jan Kounen

2004 CALVAIRE de Fabrice du Welz

2007 A L’INTÉRIEUR d’Alexandre Bustillo & Julien Maury

2006 SHEITAN de Kim Chapiron

2009 LA HORDE de Yannick Dahan & Benjamin Rocher

2009 NE TE RETOURNE PAS de Marina de Van

2010 AMER de Hélène Cattet & Bruno Forzani

2011 THE DIVIDE de Xavier Gens

2014 VINCENT N’A PAS D’ÉCAILLES de Thomas Salvador

2016 PERSONAL SHOPPER d’Olivier Assayas

2017 REVENGE de Coralie Fargeat

2018 LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE de Dominique Rocher

2018 L’HEURE DE LA SORTIE de Sébastien Marnier

2019 LES PARTICULES de Blaise Harrison

2019 YVES de Benoît Forgeard.

Samedi 1er février.

Soirée hommage en présence de tous les invités.

Voici la liste des invités qui seront présents à Gérardmer (à ce jour).

Olivier Assayas | Alexandre Bustillo & Julien Maury | Marc Caro | Hélène Cattet & Bruno Forzani | Marina de Van | Fabrice Du Welz | Coralie Fargeat | Benoit Forgeard | Christophe Gans | Xavier Gens | Blaise Harrison | Jan Kounen | Sébastien Marnier | Benjamin Rocher | Dominique Rocher | Thomas Salvador

 Rencontre « Fantastique français : en quête de l’imaginal » de 11h45 à 13h – entrée libre à la MCL

Participeront à cette rencontre : Olivier Assayas, réalisateur & scénariste Christophe Gans, réalisateur, scénariste & producteur Jan Kounen, réalisateur, scénariste & producteur Jean-François Rauger, directeur de la programmation de la Cinémathèque française.

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