Le sĂ©nateur Jean Hingray interpelle le Gouvernement sur l’allocation aux adultes handicapĂ©s

Le SĂ©nateur Jean Hingray vient d’appeler l’attention du Gouvernement en la personne de la secrĂ©taire d’État auprès du Premier ministre, chargĂ©e des personnes handicapĂ©es au travers d’une question Ă©crite intitulĂ©e Pour une allocation aux adultes handicapĂ©s indĂ©pendante des revenus du conjoint, sur l’incohĂ©rence des mesures d’AAH face Ă  l’objectif d’autonomie financière.

Question écrite n°20959 de M. Jean HINGRAY (Vosges – UC) publié au JO du jeudi 18 février.

M. Jean Hingray attire l’attention de Mme la secrĂ©taire d’État auprès du Premier ministre, chargĂ©e des personnes handicapĂ©es sur l’individualisation de l’allocation aux adultes handicapĂ©s (AAH). Créée en 1975, l’AAH permet non seulement de procurer une garantie de ressources mais poursuit l’objectif d’une relative autonomie financière Ă  des personnes qui ne peuvent exercer une activitĂ© professionnelle, en raison de leur handicap. Son attribution est conditionnĂ©e par la rĂ©union de plusieurs critères d’incapacitĂ©, d’âge, de rĂ©sidence et de ressources. Ce dernier critère est source de nombreux questionnements et critiques de la part des intĂ©ressĂ©s et des associations, en ce qu’il s’inscrit en total contradiction avec les intentions du lĂ©gislateur et sa quĂŞte d’une meilleure « autonomie financière » pour les personnes atteintes par le handicap. En effet, le versement de l’allocation reste assujetti au non-dĂ©passement d’un plafond de ressources du foyer. Ceci peut conduire Ă  la suppression ou la modulation de cette prestation, si les revenus du conjoint dĂ©passent les 19 606 euros annuels. Ce critère rend donc les personnes Ă©ligibles Ă  l’AAH dĂ©pendantes de la situation matĂ©rielle de leur conjoint pour toutes les dĂ©penses de la vie quotidienne (factures, prĂŞts, courses, frais mĂ©dicaux). Ce critère peut dissuader certains bĂ©nĂ©ficiaires de l’AAH de vivre ensemble, de s’unir par le pacte civil de solidaritĂ© (PACS) ou le mariage et lorsqu’une telle union existe, ils peuvent se sentir matĂ©riellement dĂ©pendants de leur relation avec le conjoint. Dans le pire des cas cette dĂ©pendance est source d’une rupture compliquĂ©e et peut constituer un terrain fertile aux violences conjugales. Cette dĂ©pendance est contraire Ă  l’objectif d’une meilleure autonomie financière des intĂ©ressĂ©s et contribue malheureusement Ă  les maintenir dans la prĂ©caritĂ©. Celle-ci peut ĂŞtre accentuĂ©e dans certains cas. Dans l’hypothèse oĂą l’employeur souhaite attribuer une prime exceptionnelle pour rĂ©compenser son salariĂ©, celle-ci viendra moduler le montant de l’AAH, privant ainsi le salariĂ© en situation de handicap d’ĂŞtre rĂ©compensĂ© par ses efforts. Pour toutes ces raisons, il est donc urgent de modifier le mode d’attribution de l’AAH. Elle doit ĂŞtre calculĂ©e individuellement, seulement en fonction des revenus du bĂ©nĂ©ficiaire, indĂ©pendamment de sa situation affective, domestique ou maritale. Le 18 dĂ©cembre 2020, la dĂ©fenseure des droits a pris position en ce sens. Une pĂ©tition d’une ampleur exceptionnelle a Ă©tĂ© lancĂ©e en septembre 2020. Avant mĂŞme d’avoir atteint les 100 000 signatures requises, le SĂ©nat a nommĂ© un rapporteur en janvier 2021 pour une proposition de loi qui vise Ă  modifier le calcul de l’AAH. Le seuil des 100 000 signatures a Ă©tĂ© largement dĂ©passĂ© depuis. Lors de sa rĂ©union du 10 fĂ©vrier 2021, la ConfĂ©rence des PrĂ©sidents du SĂ©nat a dĂ©cidĂ©, Ă  la demande de la commission des affaires sociales, d’inscrire la proposition de loi portant diverses mesures de justice sociale Ă  l’ordre du jour du SĂ©nat le 9 mars 2021. Il lui demande donc si le Gouvernement entend les lĂ©gitimes prĂ©occupations et attentes des personnes bĂ©nĂ©ficiaires de l’AAH et s’il envisage de supprimer du code de la sĂ©curitĂ© sociale les dispositions prenant en compte les revenus du conjoint dans son calcul, ainsi que dans son plafonnement.

En attente de rĂ©ponse du SecrĂ©tariat d’État auprès du Premier ministre, chargĂ© des personnes handicapĂ©es.