Remiremont et sa région – Bertrand Claudel vient de publier « Révolution et République »

Bertrand Claudel vient de publier un livre illustré sur l’histoire de Remiremont et sa région pendant la Révolution.

Le livre commence en 1766 quand les Vosgiens deviennent français et se termine en 1814. Outre la vie des habitants de Saulxures-sur-Moselotte (le village de son enfance), le récit fait la part belle à Remiremont avec les Chanoinesses puis le District et bien-sûr le Volontaire.

« Je ne suis pas le premier à écrire sur la révolution de 1789 à Remiremont. Abel Mathieu a sorti en 1988 « Les Vosges sous la Révolution. Hommes, événements, conséquences ». C’est un livre intéressant avec de bonnes illustrations. Mais c’est aussi un livre comme on l’écrivait il y a plus de 30 ans et Mathieu a beaucoup repris d’un ouvrage de plus de 500 pages écrit en 1885 par Félix Bouvier. Pas grands scoops dans ce livre. A sa défense, il y a 30 ans, on ne pouvait pas avoir les accès à l’information qu’internet permet aujourd’hui » explique Bertrand Claudel.

« Mon chapitre 6 sur la fin des chanoinesses, construit grâce à des documents trouvés en ligne, a étonné un historien spécialiste vosgien de la révolution ainsi qu’un membre de la Société d’Histoire de Remiremont » précise l’auteur.

Jean-Marie Cavada (présentateur émission TV La Marche du Siècle) a apprécié l’ouvrage et signe la préface dans laquelle il revient sur ses années de jeunesse dans les Vosges.

Qui je suis

Bertrand Claudel, 48 ans.

Ni écrivain, ni historien, mais formateur indépendant dans le domaine des chaudières industrielles et de la vapeur. Un parfait autodidacte en ce qui concerne l’édition de livre d’histoire … mais j’ai travaillé. Enfin « travaillé » … J’ai toujours adoré l’histoire, c’est mon principal sujet de lecture.

J’habite à Epinal depuis plus de 20 ans et y suis né. J’ai passé ma jeunesse à Saulxures Sur Moselotte. J’ai étudié au lycée Malraux de Remiremont, puis à Longwy et Nancy.

Comment je m’y suis intéressé ?

Pendant longtemps, j’ai pensé que quand je serais en retraite, j’écrirais un gros livre sur l’histoire des Vosges, pour partager mes découvertes avec ceux que ça intéresse, et pour que ce travail qui occupe une part de mes loisirs, ne soit pas perdu pour les générations futures.

Mais j’ai fini par me dire qu’attendre, et rêver à une encyclopédie sur 3000 ans d’histoire dans les Vosges, n’était pas réaliste. Le risque étant de ne jamais s’y mettre ou de parvenir à terminer et publier. Début 2019, j’ai décidé de commencer par une époque. Mais laquelle ?

Nous étions alors en plein mouvement des gilets jaunes. Un mouvement qui a ses raisons et qui montre des déséquilibres de la société. J’ai été secoué par ces samedis où l’on frisait l’insurrection. Mais je ne comprenais pas des comparatifs que certains faisaient avec la Révolution de 1789. J’étais étonné que l’on puisse penser de manière simpliste que pour obtenir la liberté et abattre les privilèges, il avait suffi de prendre la Bastille et d’exécuter Louis XVI.

J’en suis ainsi venu à me poser des questions simples auxquelles je n’avais pas de réponses.

Quelle influence les évènements nationaux de la Révolution connus de tous, eurent-ils dans la région de Remiremont ? Comment les gens d’alors ont-ils vécu ce tournant de notre histoire ?

Comment ont disparu les nobles chanoinesses de Remiremont, le duché de Lorraine, le royaume de France ?

Comment a-t-on créé les communes ?

Puis une autre actualité triste et dramatique, celle des extrémistes qui attentent à nos libertés, m’a donné envie d’en savoir plus sur les bases de la France laïque. Les sujets brûlants de la liberté d’expression, des droits de l’homme, de la difficile cohabitation religion-république.

Enfin je savais qu’en 1793, de dévoués villageois du district de Remiremont, avaient eu une certaine notoriété au niveau national en aidant la Révolution (Le buzz de l’an 2). C’est ainsi que j’ai décidé de faire des recherches pour écrire « Révolution et République, une histoire de la France au travers d’un village des Vosges ».

Les grandes lignes

Le livre commence en 1766 quand les vosgiens deviennent Français (Dans la région Grand Est actuelle, on oublie souvent que l’Alsace fut française quasiment 120 ans avant la Lorraine !).

Le récit décrit tout d’abord la situation générale avant les premiers évènements révolutionnaires, les grandes inégalités, les crises qui entrainent les Etats généraux puis la suspension de la monarchie.

On y lit ensuite la fin des chanoinesses et la vie d’un prêtre constitutionnel.

Puis ce sont les volontaires vosgiens qui prennent les armes et leurs campagnes en France et en Europe.

Arrive les périodes sombres de la révolution française (guerre civile, famine, Terreur), heureusement entrecoupées par des Saulxurons qui en traînant des charrettes de foin jusque Colmar font le buzz au niveau national.

On poursuit avec la fantastique campagne d’Italie de Bonaparte et des bataillons des Vosges, avant de partir pour l’Egypte. On suit Vaxelaire dans la désastreuse expédition de Syrie. On voit les premiers conscrits, on comprend la création des communes et la place des Vosges parisienne.

ou résumé :

En mai 1789 s’ouvrent les Etats généraux. La Lorraine n’est française que depuis vingt-trois ans. Les communes telles que nous les connaissons aujourd’hui n’existent pas encore. Ce qui semblait immuable, comme le royaume ou les nobles chanoinesses de Remiremont, va disparaitre en quelques années. La Révolution donne naissance à une nouvelle organisation de la société.

Ce livre n’est pas seulement l’histoire du petit village de Saulxures et des Vosges. C’est aussi l’histoire de la jeune République Française qui, contre toute attente, va mettre en déroute les forces des monarchies européennes coalisées contre elle, gagner le pari d’une conquête de la liberté.

On retrouve la Bastille, les tergiversations de Louis XVI, le tragique de la Terreur, l’ascension de Napoléon Bonaparte. Ce sont aussi les campagnes du soldat volontaire Vaxelaire, qui nous emmène au pays des Chouans, en Italie et en Egypte. La vie des paysans saulxurons, du curé de campagne Olry et du député local. Les partisans de l’Ancien Régime et les sans-culottes, les people, ceux qui font le buzz et les illustres inconnus qui tombent pour la cause.

En ces temps où tout change, les évènements se succèdent et vous entrainent, de 1766 à 1814, dans une époque charnière qui fonde notre Nation toute entière, vers ce trésor qu’on nous a légué et que nous devons protéger : la République.

Pourquoi ça m’a passionné ?

Lorsque j’ai commencé à me pencher sur cette grosse décennie de la Révolution française, je ne pensais pas trouver autant d’évènements, qui touchent, de près ou de loin notre département. Plus je tirais sur le fil qui dépassait, plus la pelote se déroulait, me faisant découvrir des histoires dingues, à faire sortir de l’oubli.

Ce n’est pas un hasard si la place royale à Paris a été rebaptisée place des Vosges.

Enfin la place des femmes était pour moi une énigme que je voulais résoudre.

On a souvent l’impression que l’Histoire est une histoire d’hommes écrite par des hommes. En 1789, on parle beaucoup d’égalité, mais celle des sexes est encore loin. Les Françaises devront encore attendre un siècle et demi avant d’obtenir le droit de vote ! La Révolution donne bien des droits civils aux femmes (héritage à égalité avec les garçons, divorce) mais ne leur reconnait pas du tout de droits politiques.

Et pourtant les femmes ont bien eu une influence politique, allant de la prorévolutionnaire Olympes de Gouges, à la contre révolutionnaire Charlotte Corday. D’autant plus localement, puisque la région était administrée depuis des siècles par des femmes : les nobles chanoinesses de Remiremont. J’ai mené une enquête sérieuse afin de pouvoir traiter les faits avec impartialité.

En faisant mes recherches j’ai aussi découverts des personnages passionnants !

Connus, comme Napoléon Bonaparte. Ce self-made-man qui, sans être noble, sans être né riche, va devenir empereur notamment grâce à l’aide des volontaires vosgiens. Une ascension hors du commun totalement impossible si la monarchie avait perdurée.

Et d’illustres inconnus comme le curé de mon village l’abbé Olry et Vaxelaire, soldat volontaire bassurois de 21 ans né à La Bresse. Je me suis passionné à les suivre dans cette époque troublée, pour transmettre leur mémoire, leurs réalisations et leurs craintes, et toutes les difficultés de celles et ceux à qui l’on doit aujourd’hui encore beaucoup, dans notre République du XXIème siècle.

Olry :

Les écrits sont plus fréquents sur les ecclésiastiques qui s’opposèrent aux idées de la Révolution, que sur ceux qui les défendirent. Ors ce fut le cas de l’Abbé Olry qui était ce que l’on appelait un prêtre constitutionnel.

Comme un autre lorrain, meneur national, l’abbé Grégoire qui repose au Panthéon. Un curé précurseur qui siège aux Etats généraux, réclame l’abolition totale des privilèges, du droit d’aînesse, ou l’instauration du suffrage universel.

Vaxelaire

En 1791, Vaxelaire s’engage dans les armées révolutionnaires comme 38 volontaires de mon village.

L’homme est parti plus de 10 ans : en Allemagne, en Bretagne, en Italie et en Egypte avec Napoléon.

Il a rédigé ses mémoires qui retracent ce périple. Nombreux ont été les protagonistes de la période révolutionnaire, hommes politiques ou militaires, à avoir fait de même. Mais son récit est unique, dans le sens où cette autobiographie est de la plume d’un modeste paysan des Hautes Vosges au destin hors du commun.

Intérêts du livre.

Ce livre, c’est un roman que seule l’histoire peut inventer. Pourtant rien n’est fiction, tout est réel.

Pour ceux qui auraient peur d’un sombre livre d’histoire : j’ai essayé de vulgariser, faire simple et explicite.

Il est chronologique, écrit au présent pour entrainer le lecteur dans l’action.

C’est l’histoire de Remiremont, des Vosges et plus généralement de notre Nation. C’est la vie de beaucoup de français de l’époque. C’est mettre de la chair derrière la statue du Volontaire à Remiremont, comprendre qui il est, ce qu’il a vécu. C’est un voyage au travers de la France, l’Italie, le Piémont et l’Egypte de la fin du 18ème siècle.

On y apprend sur les symboles de la République Française ; le bleu blanc rouge, la Marseillaise, ou ce que l’on fête le 14 juillet.

Jean-Marie Cavada qui signe la préface a qualifié l’ouvrage de beau-livre, car avec plus de 80 illustrations et cartes, le document donne autant à voir qu’à lire. Nous sommes en 2021 et l’image n’est pas seulement une illustration. Elle vaut parfois bien des mots.

L’originalité de ce livre c’est aussi qu’il se veut non partisan à la différence de beaucoup de représentations de cette période qui enflamme les passions. Ce sont des faits, pas des avis de l’auteur. Un royaliste, un sans-culotte, un prêtre, un général, un noble ou un paysan ont chacun leur ressenti. J’ai tenté de tenir compte de chacun, de rester neutre.

Dans la période difficile que nous traversons actuellement, comme il y a 230 ans les crises s’enchevêtrent. Elles sont économique (gilets jaunes et migrations), religieuse (djihadisme) ou sanitaire. Ces catastrophes se cumulent, se confondent, nous jettent dans l’effroi. Jamais nous n’avons connu une telle situation. Mais ces nouvelles menaces redonnent aussi de l’éclat aux idées inspirées de 1789, nos fondamentaux républicains, notre axe fondateur.

Comment j’ai collecté les informations ?

L’écriture d’un ouvrage historique ne permet pas d’aprioris et nécessite des recherches approfondies.

Pour établir une chronologie précise des évènements vosgiens, nationaux et internationaux entre 1766 et 1814, j’ai beaucoup lu. Sur écran, sur vieux papiers, et même sur microfilms.

J’ai travaillé méthodiquement en recoupant les informations de différentes sources, pour parvenir à ce récit basé sur des faits.

Il existe aujourd’hui plusieurs sites internet qui permettent, sans bouger de chez soi et même si vous êtes confinés à cause d’une pandémie mondiale(!), d’avoir accès à de nombreux documents d’archives.

J’ai commencé par les registres d’état civil que l’on trouve dans les bases de données numérisées des Archives Départementales des Vosges. Sont ainsi accessibles en ligne, les avis de décès des soldats volontaires morts pour la patrie. Autre site internet incontournable : Gallica géré par la Bibliothèque Nationale de France. Une source d’informations incroyable. On peut par exemple y lire le volumineux ouvrage de Félix Bouvier paru en 1885 « Les Vosges pendant la Révolution ». 540 pages précises et circonstanciées qui ont servi de base à bon nombre d’écrits locaux postérieurs. J’ai également trouvé beaucoup d’informations sur la bibliothèque numérique lorraine Limedia notamment l’autobiographie manuscrite complète du soldat volontaire Vaxelaire.

Enfin pour retrouver des informations dépourvues de tout parti pris, il faut reconnaitre que les bases documentaires sont plutôt à l’étranger, en Suisse par exemple ou au Canada sur le site de l’université de Chicoutimi au Québec.

Mais tout n’est bien sûr pas accessible en ligne, et il m’a fallu collecter aussi des informations en consultant des documents papiers d’époque aux archives départementales des Vosges.

Pour les ecclésiastiques, j’ai notamment utilisé un impressionnant répertoire biographique du clergé vosgien pendant la Révolution, écrit par l’abbé Olivier de Bains-Les-Bains en 1912. Ce sont 11 volumes exhaustifs, écrits à la plume, conservés au fonds patrimonial de la bibliothèque d’Epinal.

Je suis allé deux fois au musée de la révolution française à Vizille dans l’Isère pour photographier des faïences d’Epinal par exemple et les tableaux représentant des saulxurons. J’ai longtemps attendu la réouverture du musée Charles de Bruyères de Remiremont, fermé pour réfection, puis pour cause de covid. La réouverture temporaire a fini par arriver.

Enfin, j’ai contacté des personnes qui avaient écrit avant moi sur le sujet. Je suis tombé sur de passionnants passionnés qui m’ont fourni informations et photos.

Le docteur Martinet dont l’aïeul a soigné Joséphine de Beauharnais à Plombières. La Société d’Archéologie et de Mémoire Maritime de l’Ile de Sein et le plongeur chercheur Jean-Michel Keroullé qui m’a fourni des photos de l’épave du « Séduisant » navire qui coula en 1796 avec des volontaires des Vosges à bord.

Et ce livre ne serait pas ce qu’il est sans le spécialiste vosgien de la Révolution, Jean-Paul Rothiot, historien universitaire qui m’a gratifié de ses corrections, remarques et compléments.

4 commentaires

    • Le livre est disponible en vente par correspondance sur :
      https://ssmvosges.fr

      et dans les magasins suivants :
      La Bresse : MagPresse_Grandemange + MaisonDeLaPresse_Courroy
      Cornimont : Eglanthis_Garnier + MaisonDeLaPresse_Grosjean
      Saulxures : Le Point Carré_Thomas
      Vagney : MaisonDeLaPresse_Villaume
      Gérardmer : AlphaPresse88_Schwartz + LibrairieHotelVille_Couvez + LaLibraire_Heckler
      Le Thillot : TabacPresseDesVallées_Bernier
      Rupt/Moselle : MaisonDeLaPresse_Roueff
      Remiremont : Le Marigny_DaSilvaMachado+ Librairie Lire&Ecrire_Tordi
      Plombières : Vival_Mougeot
      Arches : Le Salambo_Vaxelaire
      Eloyes : Tabac Presse_Jacquel
      Epinal : LeLutetia_Parensi + LeSaintClaude_Noël + LeMoulinDesLettres_Grivot + QuaiDesMots

      Merci. Cordialement.

      • merci pour l’info, en effet mon libraire ne le trouvait pas et comme j’habite à 400 km de Remiremont cela m’est difficile d’aller le chercher 🙂

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