La Directrice Générale de l’Agence Régionale de Santé Grand Est, Virginie Cayre, le Directeur Général du centre hospitalier de Remiremont, Dominique Cheveau, et la Présidente de la Commission Médicale d’Etablissement, le Docteur Stéphanie Chevalier, conviaient à un point presse sur la situation du centre hospitalier de Remiremont, ce mercredi 11 octobre 2023 en fin de journée à l’hôpital de Remiremont. Ce point presse s’est tenu sans le Président du conseil de surveillance, Philippe Cloché, dont la présence avait pourtant été annoncée par l’Agence Régionale de Santé.
Deux inspections depuis janvier 2023.
Virginie Cayre a d’abord tenu à témoigner son soutien aux proches des personnes décédées ainsi qu’au personnel de l’établissement. Elle a rappelé que deux inspections ont été menées par l’Agence Régionale de Santé : en janvier 2023 suite aux différentes plaintes des familles de victimes enregistrées en fin d’année 2022 et en date du 6 octobre 2023 suite au nouveau décès suspect survenu le 3 octobre. Elles ont révélé des difficultés organisationnelles.
« L’inspection du 6 octobre a confirmé les difficultés déjà identifiées dans le premier rapport des inspecteurs, chaque cas a été examiné. Nous avons pris connaissance des réponses apportées par l’établissement. Un gros travail a été engagé par l’ensemble de la communauté hospitalière suite au rapport remis début septembre. Mais ce travail n’est pas suffisant » a martelé la directrice de l’Agence Régionale de Santé.
Des défaillances multiples.
Elle pointe plusieurs défaillances en chirurgie traumato-orthopédique : « tenue médiocre des dossiers médicaux, absence de visites par les chirurgiens aux patients, absence de staff médical, absence de seniorisation des internes ».
Virginie Cayre accorde une semaine au directeur pour remettre dans les règles l’activité de chirurgie traumato-orthopédique. « Je demande au directeur de mettre en oeuvre les actions qu’il a proposées sous 8 jours. Des mesures correctives vont permettre de reprendre les activités de chirurgie programmée ».
En attendant, les opérations programmées en chirurgie traumato-orthopédique restent suspendues. Rappelons que la décision de les suspendre a été prise depuis une semaine, précisément le 4 octobre 2023.
La mise en garde de Virginie Cayre est claire : « S’il n’est pas démontré que le plan d’action est mis en oeuvre comme il le faut, alors l’Agence Régionale de Santé pourra prolonger la suspension actuelle de l’activité. Les inspecteurs viendront constater la reprise de l’activité dans de bonnes conditions et s’assurer de l’effectivité des mesures engagées ».
La directrice de l’ARS a par ailleurs proposé la mobilisation d’un soutien psychologique et en parallèle deux médiateurs ont été engagés au sein de cette filière de chirurgie traumato-orthopédique.
Et Viginie Cayre de préciser encore deux choses. « Aujourd’hui, c’est le temps de l’action. Dès demain, notre objectif est reconstruire la filière de chirurgie traumato-orthopédique en respectant la sécurité des soins ».
Dominique Cheveau « nous n’avons pas accompli notre devoir ».
Dominique Cheveau le confirme « la situation est totalement inédite et quand on est dans des situations de tels échecs, on peut considérer que nous n’avons pas accompli notre devoir. Suspendre l’activité est une décision difficile mais la première décision à prendre ».
« Notre objectif est de partager les injonctions de l’Agence Régionale de Santé pour reprendre cette activité programmée. On a été obligé de prendre des mesures conservatoires importantes. Nous allons réussir à répondre aux injonctions » poursuit le directeur du centre hospitalier.
Pour ce faire, « nous avons demandé l’appui du CHU de Nancy et de l’Université. Le directeur général comme le président ont donné leur accord. Nous travaillons en lien étroit avec le centre hospitalier d’Epinal où les patients seront transférés si nécessaire et, ensuite, s’il le faut au CHU de Nancy ».
Dominique Cheveau l’assure : « on va vérifier que l’ensemble des injonctions vont être appliquées par les chirurgiens. Ça va être un contrôle quotidien et permanent. Vérifier que les chirurgiens équilibrent les prescriptions médicales, que l’établissement est en capacité de prendre en charge ces patients ».
Huit dossiers d’évènements indésirables graves ont été analysés depuis 2021.
Selon le directeur du centre hospitalier, « nous n’avons pas connaissance de toutes les plaintes, je n’ai pas encore été entendu par les services de gendarmerie et de police. Au cours des deux inspections, huit dossiers d’évènement indésirables graves ont été analysés depuis 2021 soit au moins deux années ».
Dominique Cheveau rappelle que « lorsque nous avons affaire à un décès inattendu, les équipes médicales se réunissent pour comprendre la situation. Quand nous estimons qu’il y a pu y avoir un événement indésirable grave, une étude est diligentée. C’est le cumul d’évènements indésirables graves qui peut faire que l’ARS diligente une inspection. C’est le cas en janvier et en octobre ».
Et la grande question : pourquoi ? « Des ambiances, des conditions de travail qui n’ont pas permis de réunir les meilleures éléments. Des dossiers médicaux pas organisés, des staffs pas tenus ».
8.000 interventions chirurgicales par an dont 50 % en traumatologie-orthopédie.
Pour mieux comprendre les injonctions de l’Agence Régionale de Santé, il faut savoir que le centre hospitalier de Remiremont réalise chaque année 8.000 interventions chirurgicales dont 50 % en traumatologie-orthopédie. En effet, celle-ci couvre le secteur de Remiremont et des Hautes-Vosges mais aussi tout le bassin d’Epinal soit une population de 180.000 personnes.
Il compte actuellement 15 chirurgiens dont trois en traumalogie-orthopédie. « L’objectif, c’est d’en avoir cinq », ajoute le directeur Dominique Cheveau.
David Jeangeorges.
Photographies par Christian Schirm.





Vous devez être connecté pour poster un commentaire.