Il y a tout juste 40 ans, le 21 décembre 2024, le Ministère de la culture décidait d’inscrire, à l’inventaire supplémentaire à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, le château de Saulxures-sur-Moselotte, construit de 1854 à 1861. La mesure de protection s’appliquait à la toiture, à la façade et aux dépendances (voir l’arrêté ministériel en pied d’article).
La demande émanait non pas du propriétaire mais d’une passionnée d’art domiciliée à Dommartin-lès-Remiremont : Claude Stocard. Celle-ci avait sollicité le député de l’époque Jean Valroff, afin d’obtenir cette inscription. Il est d’ailleurs étonnant qu’un citoyen lambda puisse demander et obtenir une telle mesure de protection mais il en est ainsi de la législation française.
Au demeurant, la mesure n’a rien changé au devenir de la demeure patronale, inhabitée depuis le début des années 70 déjà très abîmée en 1984. 40 ans plus tard, les toitures et les étages se sont écroulées au fil des années et il ne reste plus aujourd’hui que les murs, dissimulés par la végétation.
En revanche, cette inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques n’est pas neutre pour le voisinage. Elle a créé un périmètre de protection de 500 mètres la ronde pour l’ensemble des riverains !
Tous les travaux projetés dans les abords du château sont soumis à une autorisation préalable nécessitant l’accord de l’architecte des Bâtiments de France. Ce dernier s’assure que le projet ne porte pas atteinte à ce que le Ministère de la culture continue à considérer comme un monument historique.
L’histoire du château.
L’industrialisation de la vallée de la Moselotte est essentiellement marquée par Jean-Thiébaut Géhin, né en 1796 à Ventron. Il a en effet créé dès 1825, à Saulxures-sur-Moselotte, la première filature mécanique à moteur hydraulique de l’arrondissement de Remiremont avant de disparaître prématurément à 46 ans, après avoir été maire et conseiller général du canton durant ses douze dernières années.
La construction du château par sa veuve, Élizabeth Géhin, et le fait qu’elle ait dépensé pour cet ouvrage près de 2.000.000 de francs alors qu’en 1861, ses deux filatures (près du château et à Bâmont) avaient une valeur de 1.150.000 francs et les deux tissages (à la Médelle et aux Longènes) une valeur de 501.000 francs constitue un témoignage de cette époque prospère du textile.
Jean Thiébaut Géhin était en effet considéré comme l’un des industriels ayant le plus contribué en France, par la beauté de la toile qu’il faisait fabriquer, à établir la réputation des calicots des Vosges.
Les dimensions, l’architecture et la décoration étaient de grande qualité : parquet en marqueterie, larges cheminées en marbre de Carrare, escaliers somptueux, plafonds peints par Félix Haffner, sculptures multiples, tapisseries monumentales, rien n’avait été trop beau pour la construction de cet édifice de style Louis XV, réalisé par les plus grands artistes de l’époque.
C’est la maison Jeanselme Père et Fils, fournisseur du mobilier de la Couronne Louis-Philippe Ier et Napoléon III qui avait meublé le château.
Les grilles, œuvres de Desforges, Brochon et des frères Festugières étaient les copies de celles de la place Stanislas à Nancy. Mieux, elles s’ouvraient sur un perron flanqué de quatre splendides atlantes et cariatides de l’avant corps central, immortalisant les quatre saisons, œuvres du sculpteur Georges Clère, un des décorateurs du nouveau Louvre de Napoléon III.
En outre, les prototypes des cariatides en plâtre sont conservés au Louvre alors que les originaux n’ont pas pu être préservés.
À l’origine, deux grandes verrières reliaient le bâtiment principal aux deux dépendances. Elles ont été supprimées au début des années 1900, c’était le premier signe de restriction.


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