Dans son rapport d’observations définitives publié en juin 2026, la Chambre régionale des comptes Grand Est dresse un constat préoccupant sur la situation du Syndicat mixte pour l’aménagement du Lac Blanc (SMALB). Fragilisée par le manque de neige, la hausse des coûts et sa dépendance aux financements publics, la station doit repenser son avenir, alors que la délégation d’exploitation des remontées mécaniques arrive à échéance en octobre 2026.
L’avenir de la station du Lac Blanc s’annonce comme un véritable défi économique et environnemental. Dans son rapport consacré aux exercices 2019 et suivants, la Chambre régionale des comptes (CRC) Grand Est estime que le modèle économique du Syndicat mixte pour l’aménagement du Lac Blanc a atteint ses limites. En cause : la vulnérabilité du ski alpin face au changement climatique, des recettes en recul et une dépendance croissante aux contributions des collectivités publiques.
Située entre Orbey, Lapoutroie et Le Bonhomme, la station de moyenne montagne dispose pourtant de nombreux atouts. Elle compte 14 kilomètres de pistes de ski alpin, neuf remontées mécaniques, 66 kilomètres de pistes de ski nordique et un bike park composé de sept pistes de descente. Mais cet équipement diversifié ne suffit pas à compenser les difficultés croissantes de l’activité hivernale.
Des finances de plus en plus fragiles
Les chiffres relevés par la Chambre régionale des comptes illustrent la dégradation de la situation financière du syndicat. Entre 2019 et 2024, les produits de gestion ont diminué de 7,1 %, passant de 672 457 euros à 624 736 euros. Dans le même temps, les charges de gestion ont progressé de 4,5 %, pour atteindre 640 626 euros en 2024.
Cette année-là, les recettes ne permettaient plus de couvrir les dépenses courantes. Le syndicat a enregistré un excédent brut de fonctionnement négatif de 15 889 euros, contre un excédent de 59 495 euros en 2019.
La situation s’explique notamment par les aléas climatiques. L’hiver 2023-2024, marqué par une quasi-absence de neige, a fortement limité le fonctionnement des remontées mécaniques. Les recettes issues du ski nordique ont également reculé.
Dans le même temps, les dépenses d’entretien et de réparation des équipements ont fortement augmenté : elles sont passées de 56 126 euros en 2019 à 150 888 euros en 2024, soit une hausse de près de 169 %.
Les collectivités de plus en plus sollicitées
Pour maintenir l’activité et financer les équipements, le SMALB dépend toujours davantage des contributions de ses membres, la Collectivité européenne d’Alsace et la communauté de communes de la vallée de Kaysersberg.
Les ressources institutionnelles ont progressé de près de 40 % entre 2019 et 2024, passant de 351 477 euros à 491 716 euros. Elles représentaient alors 75 % des recettes du syndicat.
Cette dépendance financière inquiète la Chambre régionale des comptes, d’autant que les collectivités entendent maîtriser leur soutien aux petites stations dont l’exploitation du ski alpin est structurellement fragilisée.
Le syndicat dispose par ailleurs de peu de marges de manœuvre pour financer ses propres investissements. Malgré un endettement limité, il ne dégage plus d’autofinancement suffisant et ses réserves financières se sont dégradées. Entre 2019 et 2024, il a réalisé environ deux millions d’euros d’investissements, largement financés par des subventions publiques.
La gestion des remontées mécaniques en question
Autre difficulté majeure : l’exploitation des remontées mécaniques. Celle-ci est confiée à la société Lac Blanc Tonique dans le cadre d’une délégation de service public. Selon la Chambre, le contrat, initialement favorable au délégataire, a vu sa rentabilité s’éroder malgré plusieurs avenants. Les deux derniers appels d’offres n’ont suscité aucune candidature à la reprise.
La délégation a donc été prolongée jusqu’au 31 octobre 2026. À l’approche de cette échéance, le SMALB doit déterminer les modalités futures d’exploitation des installations, notamment en envisageant une reprise en régie directe.
La Chambre régionale des comptes recommande de réaliser de nouvelles projections économiques afin de définir un modèle d’exploitation équilibré. Elle souligne également la nécessité de disposer d’un inventaire exhaustif des biens du syndicat avant la fin de la délégation.
Une diversification encore insuffisante
Conscient depuis plusieurs années des conséquences du changement climatique, le syndicat a engagé une diversification des activités. Le développement du bike park constitue l’une des réussites de cette stratégie : sa fréquentation figure parmi les plus élevées d’Europe, selon le rapport.
Les activités estivales progressent également et sont moins dépendantes de l’enneigement. Elles ne permettent toutefois pas, à elles seules, de garantir l’équilibre économique de la station.
Pour la Chambre, cette diversification reste limitée et repose essentiellement sur des initiatives privées. Parallèlement, les investissements du syndicat demeurent largement orientés vers l’activité neige, notamment avec les projets de modernisation des équipements de production de neige de culture.
Un investissement de 1,4 million d’euros destiné à moderniser l’usine à neige est ainsi prévu pour 2026. Mais son financement dépendra des concours des partenaires publics, le syndicat ne disposant plus de réserves financières suffisantes à la clôture de l’exercice 2024.
La Chambre estime que cet investissement pourrait contribuer à sécuriser la pratique du ski alpin à court terme, sans pour autant permettre une transition significative vers un modèle économique plus résilient face au changement climatique.
Construire une nouvelle stratégie pour l’avenir
Au-delà du constat financier, le rapport pointe l’absence d’une véritable programmation pluriannuelle des investissements. La Chambre recommande au syndicat d’établir un plan permettant de hiérarchiser les dépenses et de piloter la transition de la station.
L’enjeu est désormais de concilier maintien de l’activité touristique, maîtrise des dépenses publiques et adaptation aux nouvelles conditions climatiques. Le Lac Blanc doit continuer à valoriser ses atouts, en hiver comme en été, tout en réduisant sa dépendance à la neige et aux subventions.
La fin de la délégation des remontées mécaniques, prévue en octobre 2026, constitue une échéance décisive. Elle oblige les responsables de la station et leurs partenaires publics à trancher une question centrale : quel modèle économique et touristique pour le Lac Blanc dans les années à venir ?
Le rapport de la Chambre régionale des comptes ne remet pas en cause l’intérêt touristique du site, mais souligne l’urgence de définir une stratégie durable, reposant sur des projections financières fiables et une diversification plus ambitieuse.
