Thiéfosse – Une plaque commémorative en mémoire des Goums Marocains

Ottman Zair, Directeur du Cabinet du Préfet des Vosges, a présidé ce dimanche la cérémonie de commémoration du 75ᵉ anniversaire de la Libération de Thiéfosse en mémoire des Goums Marocains.

Il était entouré des autorités civiles et militaires, avec le Consul Général du Maroc à Strasbourg, le député Christophe Naegelen, les sénateurs Daniel Gremillet et Jackie Pierre, le conseiller départemental Jérôme Mathieu et des élus locaux.

Après avoir dévoilé une plaque commémorative au Square de la Fraternité, Ottman Zair a procédé en ce lieu à un dépôt de gerbe aux côtés de Stanislas Humbert, Maire de Thiéfosse, Khalid Afkir, Consul Général du Maroc à Strasbourg et des enfants des écoles.

Après un second dépôt de gerbe au Monument aux Morts, la délégation s’est rendue dans la salle polyvalente où se tenait une exposition sur les forces engagées lors de la libération de cette commune.

Ce fut l’occasion pour le Directeur de Cabinet du Préfet des Vosges de prononcer une allocution rappelant l’implication et le rôle essentiel des Goumiers Marocains dans les durs combats de l’hiver 1944-1945, ayant permis la libération de Thiéfosse et d’autres communes vosgiennes.

Le discours de Stanislas Humbert, maire de Thiéfosse, est à lire sous la galerie d’images.

 

Le discours de Stanislas Humbert, maire de Thiéfosse.

« Nous voici réunis place de la fraternité, devant ce monument aux morts ce dimanche 6 octobre 2019, en mémoire des goums Marocains.

En ce 75ème anniversaire de la libération de Thiéfosse, nous sommes ici pour rendre hommage à nos libérateurs.

Commémorer un événement vise à transmettre une histoire, un souvenir, un acte fondateur qui résonne sur l’histoire des peuples, des nations et des pays.

Une commémoration est l’occasion par-delà les générations, les frontières et les océans, de lancer un remerciement. Elle est aussi une cure d’histoire, un cours d’éducation civique, pour ne pas oublier ceux qui ont donné leur vie pour notre liberté.

Retour sur l’histoire de ces Goums à qui nous devons la libération de notre village:

Engagée depuis le 4 octobre 1944 en forêt de Longegoutte, le 3ème GTM, Groupement de Tabors Marocains, sous les ordres du général d’armée Guillaume et du général de Monsabert, commandant la 3ème DIA, Division Infanterie Algérienne, la 3ème DIA déclenche l’offensive et crée une brèche par le col de Xiard.

Les 9ème et 17ème tabors, unité d’élite mise sur pied et animée par le chef de bataillon Picardat, et placée sous les ordres des capitaines Feaugas et Sergent, s’engouffrent par cette brèche et libèrent Thiéfosse le 8 octobre 1944.

Arrivés à la Gibolerie, ferme qui domine le village et la Moselotte, ils voient les soldats Allemands franchir le pont resté intact. Mitrailleuses et mortiers entrent en action et rendent celui-ci infranchissable à l’arrière garde ennemie, obligeant celle-ci à se jeter à l’eau en aval du pont. Beaucoup d’entres eux disparaissent dans l’eau sous le feux nourrit des armes pour ne plus réapparaître.

Les goumiers arrivent alors à proximité du pont. C’est à ce moment que celui-ci saute, miné par une charge explosive commandée à distance par les Allemands.

Plusieurs soldats Marocains sont grièvement blessés à la tête malgré le port du casque par la retombée de gros moellons.

La rivière est franchie dès les premières lueurs de l’aube, un gué ayant été trouvé en amont du pont détruit. Les goumiers entrent dans le village et commencent sa libération, tuant ou capturant de nombreux soldats Allemands.

Les soldats Allemands refluent alors vers le versant opposé, retranchés à la lisière des bois qui bordent les maisons. Ils prennent sous le feux de leurs armes automatiques les rues du village en enfilades, occasionnant de nombreuses pertes aux soldats Marocains dans le village et dans les éléments qui continuent de franchir la rivière par le gué.

Dans la nuit, les renforts ne cessent d’affluer depuis le col de Xiard, les goumiers installent une passerelle en bois afin de permettre le passage des convois de muletiers et se répandent dans le village.

Les renforts arrivant de Vagney dans la matinée, les chars en appuis et après d’âpres combats, les Allemands refluent vers le Dirou et par col de la Burotte vers Planois.

Quelle surprise pour les habitants de Thiéfosse de voir ces soldats en uniformes kakis, djellabas rayées et casques plats. Les Kédales furent enthousiastes en voyant ces silhouettes inhabituelles se déployer dans le village et fraterniser avec eux.

Les ménagères fournirent café et soupe chaude aux troupes Marocaines affamées et transies de froid, car une pluie glaciale et ininterrompue s’abattait depuis plusieurs jours sur le village et ses environs.

Thiéfosse est enfin libéré, mais sa libération est due aux prix de nombreux sacrifices des tabors marocains: 7 soldats ont été tués et on dénombre de nombreux blessés.

En s’emparant de Thiéfosse, les 9ème et 17ème tabors ont permis de créer la première tête de pont au nord de la Moselotte, déclenchant ainsi le mouvement en avant de tout le corps d’armée.

Cette manœuvre habile a grandement permis aux éléments blindés de progresser dans la vallée et de s’emparer de la position dominante du grand Ventron.

Le 3ème GTM a ainsi contribué à ouvrir une porte à l’armée Française, une porte sur l’Alsace et à la libération de Strasbourg.

Les goumiers sont de rudes combattants, venus de leur pays pour défendre notre liberté et notre démocratie. Ils ont donné leur vie et leur sang pour un pays dont ils partageaient les valeurs.

Avec leur chant de guerre «Zidou L’Gouddam» («Marchez en avant»), ils ont contribué à la libération de la France avec tous les soldats d’Afrique du Nord, mais aussi avec toutes les forces armées des pays engagés dans ce conflit mondial. Ils ont permis à notre pays de retrouver sa grandeur.

Ces soldats Marocains tués pour notre liberté étaient en grande majorité de jeunes hommes. Aujourd’hui, nous leurs rendons hommage avec la pose d’une plaque commémorative.

Pour un souvenir inaltérable de leur sacrifice, leurs noms sont gravés dans le granit, afin que les générations futures jamais ne les oublient.

Lhacen Ben Mohamed Ou Maach, originaire de Douar Lariab, tu avais 22 ans.

Abdallah Ben Mohamed, originaire de Douar Agouilal, tu avais 23 ans.

Lahoucine Ben Driss, originaire de Douar Aït Moussa, tu avais 24 ans.

Mohamed Ou Lacheheb, originaire de Douar El Ghar, tu avais 25 ans.

Mohamed Ben Mokhtar, originaire de Douar Noukla, tu avais 28 ans.

Lhacen Ou Ali Ymna Ahmed, originaire de Douar de Tiriza, tu avais 29 ans.

Ahmed Ben Taïb, originaire de Tazradra, tu avais 37 ans.

Enterrés dans le cimetière du village, ils ont été exhumés en juin 1958 puis inhumés de nouveau en juillet 1958 dans le cimetière militaire de Navenne en Haute-Saône, banlieue de Vesoul.

Dans ce cimetière, un carré Musulman leur est dédié : tombes 116 et 117 et tombes de 119 à 123 .

Ces troupes du 3ème GTM ont reçu de nombreuses citations « A l’ordre de l’armée » par le Général Charles De Gaulle, chef des armées, et « A l’ordre du corps d’armée », par le Général De Lattre de Tassigny, chef de la première armée française.

Nous ne devons pas oublier ces hommes courageux et fidèles, ces troupes désormais légendaires.

La solidarité entre les peuples et la tolérance doivent passer par la transmission aux jeunes générations, afin qu’elles n’oublient pas la reconnaissance que nous devons à tous ceux qui se sont engagés pour la liberté de notre pays et dans le monde.

Épris de liberté, de valeur, de respect, de fraternité et de démocratie, notre présence à tous devant ce monument en sont les symboles.

Cette cérémonie marque aussi l’amitié qui existe entre nos deux pays, la France et le Maroc.

Merci à tous.

Stanislas Humbert, maire de Thiéfosse.

Remerciements pour les aides dans mes recherches à :

Madame Muriel Baggio, directrice de l’office national des anciens combattants et victimes de guerre au Maroc.

Monsieur le médecin capitaine Jean Marie Scotton, président des Marches de l’Est de la Koumia.

Monsieur Jamal Saïd, membre de la Koumia.

Monsieur David Demange.

Aux bénévoles qui ont participé à cette cérémonie ».