Bussang – Retour sur la Transhumance poétique et citoyenne

Après Le Thillot le 25 juillet 2020, la caravane de la Transhumance poétique et citoyenne est arrivée à Bussang  La Langue de Travers y a recueilli les expressions libérées qu’elle quête, pour Transhumance,  partout dans le département.

Récré « Vivre et Créer à la Montagne » proposait ainsi :  parce que Maurice  Pottecher fut un éveilleur de l’humanité par l’art, en 1895, musiciens et acteurs de toutes les Vosges avaient choisi  les 14 panneaux du Parcours Pottecher pour y réveiller « La Belle au bois dormant », la culture  populaire et conviviale !

Après l’accueil du public à la banHalle de la Mouline par le Gégène, crieur tonitruant,  Boris Maxant, de la compagnie les Miroisques, au chapeau de banvoie pareil à celui du Sotré de Noël (1897),  les chanteurs musiciens de Recré (Michel Génini, Mickaël Griesser, Jean-Claude Luçon) donnaient le la de départ vigoureux. Sur fond des peintures « surréalistes » de Vincent Terrier De La Chaise tapissant la Halle.

Les clowns Violetta et Noisette, Isabelle Thiriet, stars de facebook durant le confinement, et sa comparse malicieuse Noisette (Marie-Noëlle Poirot ) donnaient leur sketch d’usage de la distanciation ! Puis les musiciens traditionnels, Michaël Gérard (Nyckelharpa) et Christophe Toussaint (vielle à roue) signaient le prélude vosgien de la balade dont Vincent Decombis, guide, donnait le sens et égrenait les premières étapes, en commençant à la gare, de 1891, devenue Office du Tourisme, et la marque de la frontière, des guerres.

Le public masqué consistant, emmené par les musiciens de Récré, démarrait, comme à un défilé de Carnaval sous une pluie qu’on espérait légère mais qui, au point 3 (l’hôtel des Deux Clés), a déversé ses flots sur le talent ruisselant de Vincent Palmas, des Kédalhumés, dans le premier monologue de Feydeau.

Décision fut prise, avec une partie encore importante du public douché, de revenir à une visite virtuelle, c’est la mode, sous la Halle bienvenue de la Mouline ! Là, le déroulement des interventions prévues put s’effectuer, avec les flots musiciens, toujours, et les flammes théâtrales : Christine Papelier et Marie Montémont, de l’Ame en scène, toutes deux percutantes, soit sur un texte d’actualité, soit sur Camille Claudel et Rodin.

Christophe Philippe, de Récré, curé déluré, et le Gégène, là conteur, étaient en verve colorée. Comme Claude Pierrel, des Kédalhumés, dans le deuxième succulent dialogue de Feydeau. Violetta et Noisette ne pouvaient pas manquer de faire leur scène un peu érotique du massage déconfiné… Félicie Parmentier et José Tomé, de Récréé, faisaient un hommage attendu, évidemment, aux textes pleins de poésie de Pottecher : extraits du Château de Hans (1908), avec le dialogue où la fraîche Catherine et le bon bûcheron Hans expriment toute la nature vivante, vibrante, et celui où Till et Froll, sotrés, disent le monde premier de la grâce féérique. Celle que Maurice Pottrecher voulut retrouver en guérissant le monde, dans la Clairière aux abeilles, parc du Théâtre, où le cortège ne put hélas aller cette fois.

Avec un soleil ironique revenu en fin de journée, Aissate Bâ, à la voix et l’âme fraîche aussi, exprimait profondément le message de cette Transhumance qui veut ouvrir tout l’été le monde d’après. Et qui à Bussang, symboliquement, résonne avec le message pottechérien : « L’Amour a vaincu la haine  » !

Espoir dont Aissate, dans son charisme , esquissa une application, en adressant un message clair de fraternité à deux « acteurs » un peu trop bruyants dans le public qui montraient en tous cas l’actualité, toujours, de ce qui, en 1895, fit écrire à Maurice Pottecher sa première pièce : « Le Diable marchand de goutte  » !