Nancy – L’artiste Gilbert Coqalane se présente en torero devant le tribunal

Le 29 juillet dernier, en costume cravate, avec son arc et ses flèches, l’artiste Gilbert Coqalane a chassé le bison, sculpture emblématique de la chaîne de restaurants Buffalo Grill, à Essey-lès-Nancy, le tout dans le cadre d’un projet artistique “structure et des structures“ sous l’appellation d’un volet intitulé “Ecocide“.

Il a été ensuite placé en garde à vue pendant 23 heures, a dû se confronter à une expertise psychiatrique et répondre de ses actes devant la justice française ce lundi 4 janvier à Nancy, malgré le non dépôt de plainte de la chaîne.

L’artiste Gilbert Coqalane se présente en torero devant le tribunal

Déclaré coupable de dégradation de biens d’autrui, Gilbert Coqalane écope d’une amende de 400 euros, hors frais de dossier avec inscription au casier judiciaire. Les chefs d’inculpation de “violence et port d’armes” n’ont pas été retenus.

Ce qui fait réagir l’artiste Gilbert Coqalane.

Cette ordonnance de justice est potentiellement contestable, je ne souhaite pas contester, j’assume mes actes, je respecte la justice.

Justement, nous pouvons voir à quel point un système peut protéger la société de certains actes ou individus. C’est bien de cela qu’il est question, sans droit, ou avec si peu, comme la situation actuelle le propose, sans reconnaissance du crime d’écocide, des individus ou entreprises peut être moins bien intentionnés que moi peuvent dégrader et dégradent déjà notre environnement sans jamais être inquiétés, encore moins jugés coupables.

Les droits et les devoirs doivent s’appliquer à tous, surtout pour les biens communs.

Chaque geste néfaste envers l’environnement doit être désormais puni, j’ai par conséquent payé ma  » dette  » à la société pour 17 petits impacts dans du plastique et autres conséquences.

C’était mon devoir.

L’un des objectifs était de montrer qu’un objet en plastique possède plus de droits et de protections qu’un animal de chair et d’os, je n’en doutais pas, en complément d’autres preuves, désormais, nous en avons la preuve artistique.

Le droit contre l’ecocide continue son chemin à l’international, en Belgique et en Suède, par exemple, la reconnaissance de l’ecocide commence son chemin parlementaire…

En France, malgré le travail de la convention citoyenne, les discussions sont closes…

Cette notion d’écocide n’est que le contexte, je ne suis ni militant, ni activiste, ni engagé, cette action s’inscrit dans un cadre artistique, celui de ma profession.

Dans le cadre de ma profession, aujourd’hui je suis habillé en torero, pour le costume, pour le jeu de rôle, pour la scène, pour le théâtre, et pour exprimer mon envie d’intégration à ce qui est autorisé en France, en revêtant ce costume, je serai plus en lien avec les valeurs de la république et nos traditions. La chasse aux bisons en plastique n’est pas née, vive la chasse aux bisons…

Je n’ai pas l’ambition de faire basculer ou de contre-balancer, les scientifiques font leur travail, les juristes font leur travail, les militants et associations font leur travail… je ne suis qu’une partie du grand puzzle, je fais simplement mon travail, l’exercice de mon métier…

Si mon travail entre en corrélation avec d’autres pans de la société, c’est que je ne suis pas trop coupé, réfugié dans mon atelier, je vois cela comme un bon signe, une direction à prendre, je ne suis pas essentiel mais collectivement nos actions le deviennent…

Cette action de juillet n’est ni bonne, ni belle, ni dotée d’un quelconque génie, je suis farouchement opposé à la vertu, car cette terminologie impose souvent le contraire, c’est-à-dire la discrimination et l’autosatisfaction.

Cette action de juillet n’est ni mauvaise, ni moche, ni dénuée d’art, je suis farouchement opposé aux colporteurs de vérité, car le doute est un moteur, la vérité plurielle, et la définition artistique multiple.

J’essaie seulement, je fonctionne toujours en autodidacte, ma pratique artistique mue régulièrement, celle que je pratique actuellement est en partie en adéquation avec mes envies et mes pensées, ce sera forcément différent dans quelques années…

Je vois des horizons auxquels je n’avais pas encore accédé, je fais des rencontres que je ne pensais pas côtoyer en tant qu’artiste, rencontrer l’univers de la science, des acteurs politiques, des associations, tout en continuant mes relations avec vous, les galeries, les musées, avec les différents protagonistes de l’art, le tout est très stimulant.

Je vais continuer, cette année qui arrive est très excitante, je suis déjà impatient de travailler, “ Ecocide “ est terminée ( enfin, je crois), “ .. …. ……. “ commence, “ …. ….. “ commence, “ ………… “ commence.

Le collectif est important, comme évoqué plus haut, je vous demanderai une implication plus grande que pour l’action “ Ecocide “( qui était déjà bien sympathique), je n’ai pas envie de vous voir spectateur, je veux nous voir ensemble… mais je vais peut être loin, vous comprendrez assez rapidement…

Merci pour vos mots, votre soutien, vos dessins, vos encouragements, mais aussi merci pour vos insultes, vos menaces…

Merci à vous pour votre aide si précieuse, de près ou de loin.

Photographie : Séraphin Armand

Site http://www.certifiecoqalane.net/collages-paint/ecocide/