Conseil municipal : quelle forêt pour les prochaines générations à Remiremont ?

Jean-Benoît Tisserand, maire de Remiremont.

Jean-Benoît Tisserand souhaite recevoir des invités extérieurs lors des conseils municipaux. Ce vendredi soir, deux personnels de l’ONF ont ouvert la série : Gilles Oudot, responsable de l’unité territoriale de Remiremont, et Vincent Duval, technicien forestier en charge de la forêt communale de Remiremont.

A Remiremont comme ailleurs, la forêt a été touchée de plein fouet par deux crises. La tempête du 26 décembre 2019 et le scolyte.

Remiremont n’est pas seulement un grand centre urbain. Les deux tiers de la superficie sont occupés par la forêt. Il s’agit de replanter 7 hectares sur les deux prochaines années. « C’est un projet en direction des générations futures. Il faut imaginer des essences qui tiendront 50 ans » martèle le maire.

En 2020, on compte 13 000 m3 de bois mort pour Remiremont alors qu’en temps normal, 8.000 m3 y sont coupés chaque année.Trois raisons expliquent ce cataclysme : la sécheresse, l’évolution du climat et le scolyte, cet insecte ravageur qui décime les populations d’épicéas et de sapins dans les Vosges. Le phénomène n’est pas propre à la forêt vosgienne, il touche toutes les forêts d’Europe.

Gilles Oudot, responsable de l’unité territoriale de Remiremont.

Dans la forêt domaniale de Remiremont, très prisée pour décompresser, certains secteurs pourraient être interdits au public dans les prochaines années. « Des arbres dépérissent et sont secs. Sous l’effet du vent, on constate des chutes de branches, des chutes d’arbres et des risques d’incendie » prévient Gilles Oudot.

Devant le risque d’incendies accru, le préfet des Vosges a pris un arrêté en ce sens au cours de l’été 2020, interdisant tout feu en forêt, y compris les barbecues.« Nous avons maintenant dans les Vosges, les mêmes conditions que dans le Sud de la France. Il va falloir changer nos habitudes en forêt car au moindre risque, au moindre mégot jeté, tous ces bois morts pourraient s’enflammer ».

Vincent Duval et Gilles Oudot.

Et pour cause, « On a en même temps des périodes de canicule avec des températures très élevées qui provoquent un dépérissement très fort, plutôt sur le sapin. En même temps, on peut être trois, quatre, six mois sans pluie, hormis des épisodes de deux ou trois jours très intenses, on reste donc des mois sans pluie alors que la forêt vosgienne, c’est la forêt humide. Traditionnellement, on devrait avoir de la fraîcheur » explique le forestier qui présente une carte des relevés de températures de la ville voisine de Bains-les-Bains.

« On voit les températures de 1970 jusqu’aux années 2000 qui se situent autour de 9°, 9°2. On voit très nettement une élévation des moyennes qui sont à plus 10°, voire plus de 11° quand on regarde la courbe de ces dernières années avec des années exceptionnellement sèches : 2011, 2014, 2018, 2019 et 2020. On a une hausse des températures de 2 degrés en 30 ans » constate Gilles Oudot.

Une problématique majeure se pose pour les années à venir : quelles essences replanter sur les surfaces décimées par le scolyte et la sécheresse ? Des essences qui soient capables :

– de supporter des étés caniculaires et secs comme les gels de printemps.  

– de s’adapter à une hausse des températures dans les années à venir.

« Il faut bien avoir en tête que dans 50 ou 100 ans, ici, on aura un climat qui sera proche d’un climat méditerranéen ou d’un climat qu’on rencontre dans le Sud Ouest de la France. Donc la logique poursuivie par les forestiers, c’est de faire remonter des essences de ces régions là. Des essences qui auront la capacité de se développer pour donner du bois d’œuvre et en même temps, de s’adapter aux changements climatiques avec des sécheresses estivales, de plus en plus prononcées ».

« On va donc privilégier le mélange d’essences locales en faisant très attention à ce qu’il n’y  ait pas une essence qui domine le peuplement si jamais cette essence devait manifester des points de faiblesse par rapport aux conditions climatiques de demain » précise Gilles Oudot.

Autrement dit, la stratégie, d’après la deuxième guerre mondiale, ne sera pas reconduite. Constituée majoritairement de peuplements de sapins et d’épicéas, la forêt vosgienne est aujourd’hui en grande souffrance.

Celle de demain sera plus clairsemée, moins boisée aussi. Elle ressemblera à la forêt qui caractérise le Sud de la France.

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