La Bresse – Dominique Humbert alerte sur les conséquences de l’urbanisation galopante

Au nom de l’association La Bresse Environnement, Dominique Humbert alerte sur l’explosion de l’urbanisme touristique et ses conséquences sur le massif, dans un communiqué à lire ci-dessous.

La Bresse, Gérardmer, une frénésie d’urbanisation à vocation touristique aux conséquences dévastatrices… Qui s’en soucie ?

Accueillir toujours plus de visiteurs, réaliser toujours plus d’aménagements, délivrer toujours plus de permis de construire pour résidences secondaires, locations saisonnières : l’urbanisation galopante et la surfréquentation sont devenues le lot de ces deux communes des Hautes Vosges, qui depuis des décennies vivaient convenablement d’un tourisme raisonnable et économiquement rentable où locaux et visiteurs cohabitaient en harmonie. Jusqu’à ce que s’impose discrètement, une nouvelle politique touristique, promue et entérinée par des élus, refusant de prendre la mesure de ce qu’un tel développement effréné, devenu hors contrôle, va générer comme conséquences délétères.

Nuisances incontestables pour les habitants et l’environnement – Déni des politiques.

Le constat est d’ores et déjà fort inquiétant : baisse importante de la population dans les deux villes, flambée des prix de l’immobilier empêchant les jeunes de se loger, de nombreux logements vides hors saison et des infrastructures insuffisantes en saison, pénurie d’eau, sources taries, accélération du ruissellement des eaux liée à l’artificialisation des sols, sans oublier les incivilités et les nuisances sonores qui en se multipliant sont préjudiciables à la quiétude des habitants. Plus largement l’urbanisation touristique non maîtrisée a entraîné une surfréquentation du Massif des Vosges et l’empreinte sur notre environnement faunistique et floristique s’avère plus que préoccupant.

Alarmant, préoccupant, inquiétant ? Une situation qui cependant ne semble ni alerter, ni  émouvoir les élus gérômois et bressauds, à tel point que Madame Crouvezier, maire de La Bresse, dans le bulletin municipal du mois de juin nous raconte, en dépit de ce que tout un chacun peut constater : « La Bresse n’accueille aujourd’hui pas plus de touristes en période de pointe qu’auparavant, mais la tendance est à la fréquentation en 4 saisons, avec des séjours plus courts, et davantage en dehors des périodes de vacances scolaires. ». ? A vouloir ignorer les problèmes, méthode consistant à ne pas les affronter, on fait de l’inaction son modèle. Comment Madame le maire nous expliquera-t-elle la multiplication des locations saisonnières et autres résidences secondaires ?

Plutôt que de considérer, à la lumière des dysfonctionnements qui prolifèrent, qu’une réflexion s’impose, les maires de Gérardmer et de La Bresse, ne proposent comme issue que l’habituelle fuite en avant vers le toujours plus. Leur nouveau mantra, le « tourisme 4 saisons » illustrant leur absence d’imagination et de vision à moyen et long terme. Les Vosges future réserve couverte de parcs de loisirs, d’aménagements mécaniques et de terrains de jeux à destination de consommateurs formatés.

A se demander si les élus bressauds et gérômois résident sur place, seraient-ils les seuls à ignorer le foisonnement de constructions, chalets en tous genres abondamment équipés de piscines, jacuzzi, spa, grands gaspilleurs d’eau, envahissant vallées et versants. Ou sont-ils trop occupés dans leurs mairies à délivrer des permis de construire ad nauseam, pour en apprécier les conséquences ? On peut d’ailleurs légitimement se demander s’il n’organisent pas une course de lenteur pour la révision des PLU (Plan Locaux d’Urbanisme), laissant de fait les choses en l’état, et par conséquent la porte ouverte aux opérateurs de tourisme et autres prédateurs.

Et nous ne parlons pas du recensement des zones humides toujours différé, encore une réglementation qui avec un PLU un peu plus contraignant pourrait freiner l’urbanisation touristique galopante.

Promoteurs et vendeurs se frottent les mains car les acheteurs souvent belges, luxembourgeois font s’envoler les prix, et pourtant ces dérives n’ont pas manqué d’interpeller les media nationaux qui pour la plupart ont traité le sujet. Un comble tout de même.

Dans sa récente publication du mois de juin « Gérardmer Patrimoine Nature », l’association du même nom pointe cet intérêt :

« Suite à l’article du Figaro début mars, [A Gérardmer , les habitants poussés dehors par la flambée des prix] les deux grandes chaînes nationales font écho de notre problématique (13h de France 2 et 20h de TF1, le 24 mars) …les agents immobiliers locaux se félicitent de la forte demande des acheteurs du Benelux qui ont un peu plus les moyens que la clientèle locale. Et les locaux….je pense qu’y z’essaient de partir en périphérie ». La flambée des prix (près de 40/° en 5 ans) ne ralentit pas les commandes ».

La messe est dite…Circulez il n’y a rien à voir ! La course au profit est prioritaire.

Cette dynamique association gérômoise, depuis presque trois années a décidé de cibler l’urbanisme, car il y avait urgence à revoir des règles de construction trop permissives. A l’issue de plusieurs débats, réunions, pour l’association la conclusion qui s’impose aujourd’hui, doit être une prise de conscience globale, assortie d’une participation citoyenne. Rappelant pour mémoire que la Convention Citoyenne pour le Climat a démontré que des personnes non expertes, pouvaient construire des propositions inventives et réalisables pour répondre à des questions complexes.

Quand le tourisme devient une plaie ici et ailleurs…Solutions expérimentées et/ou proposées.

La liste des villes concernées en France par cette problématique ne cessant de s’allonger, un certain nombre d’entre elles ont décidé de réagir, afin de lutter contre la densification urbaine et la surfréquentation : Chamonix, Megève, La Clusaz, Bozel, Biarritz, les Sables d’Olonne, Saint Malo, Honfleur…Ces municipalités proposent des solutions innovantes, tels des nouveaux règlements pour favoriser le logement à l’année, un statut de résident en Bretagne pour diminuer le nombre de résidences secondaires, freiner la spéculation immobilière et la hausse des prix etc. Si d’autres régions très touristiques se mobilisent sur ce problème, pourquoi pas chez nous ? Il suffit d’une volonté politique et d’une vision d’avenir, que voulons-nous pour notre territoire ? La question est clairement posée , les réponses sont à présent urgentes. Face au changement climatique, à la sécheresse, aux pénuries d’eau devenant récurrentes… notre beau Massif vosgien ne peut plus, ne pourra plus soutenir l’invasion touristique programmée par ses élus à tous les niveaux, et le « tourisme 4 saisons » de se métamorphoser bientôt en « pénurie d’eau 4 saisons ».

Ecoutons Vincent Munier qui réside sur les hauteurs vosgiennes à quelques kilomètres de Gérardmer : « Autour de ma maison c’est hallucinant en l’espace de 20 ans comme on n’a aucunement respecté le vivant, ne serait-ce qu’un bel arbre, un beau chêne qui trône au milieu d’un champ, les haies… et j’ai pu voir que tout s’est détérioré quoi, et c’est assez bizarre, c’est assez viscéral quand tu as grandi dans ce milieu là et, que tu as passé du temps, que tu as eu des émotions fortes. Ca, c’a m’a construit…quand tu vois que ce monde là part en vrille, en décrépitude, c’est intérieur, ça te fait super mal ».

Extrait du film « La Panthère des Neiges » de Vincent Munier et Marie Amiguet.