Saulxures-sur-Moselotte – Après des années de développement, de nouveaux remous au lac de la Moselotte

La base de loisirs du lac de Saulxures-sur-Moselotte, c’est d’abord un lac artificiel ce que les jeunes générations ne savent pas forcément. Ici s’étendaient encore de longues prairies, il y a une quarantaine d’années, traversées en biais par la Moselotte et exploitées l’été par les agriculteurs.

Dans les années 60, alors que la région est frappée par le début de la crise textile, le patron de la scierie de la commune lance l’idée d’y créer un lac pour faire de Saulxures-sur-Moselotte une destination touristique et, selon la légende, concurrencer Gérardmer. Chiche !

20 années de procédure d’expropriation.

« Quand nous sommes arrivés au début des années 70 pour commencer à creuser, nous étions attendus de pied ferme par les propriétaires des terrains et nous avons dû repartir. Nous avons attendu 20 années pour y revenir » aimait à rappeler l’ancien chef de travaux d’une entreprise de travaux publics. 20 années rythmées d’innombrables procédures d’expropriation devant les tribunaux. 

Elu maire en 1989, Angel Alvarez finit par donner l’impulsion nécessaire. Le lac est enfin creusé, les matériaux qui en sont extraits servent à construire la déviation de Remiremont.

Quatre directeurs durant les six premières années.

Il devait s’appeler le lac des Grandes Raccrues, du nom du lieu. Ce sera le lac de la Moselotte quand il est enfin inauguré en 1995 sous la forme d’une régie municipale pour le diriger.

Les premières années de fonctionnement ne ressemblent pas forcément à un long fleuve tranquille. Pas moins de quatre jeunes directeurs se succèdent en six ans jusqu’en 2001. Ils venaient de coins éloignés de France et ne connaissaient pas forcément les subtilités locales.

Un développement régulier.

Quand Philippe Jeangeorges, un enfant du cru, est nommé directeur en 2001, il réussit à tenir le choc pendant 14 ans, jusqu’à l’âge de la retraite en 2015. La base de loisirs se développe, elle se fait un nom dans le monde de la pêche à la mouche. Elle devient le repaire des meilleurs spécialistes français et accueille régulièrement les championnats de France. D’autres formes de compétition y voient le jour : jet-ski, cross, cyclo-cross, trial-moto…

La baignade est surveillée en juillet et août, elle attire aussi bien les locaux que les touristes venus de France et des pays frontaliers en logeant dans la trentaine de chalets ou au camping. Les soirées, d’été, chaque lundi, mercredi et vendredi, sont ouvertes aussi bien aux résidents qu’aux locaux, entre concerts, repas dansants et karaokés. Le 15 août 2005 marque l’histoire du site avec un record de plus de 1.500 entrées. Chaque 14 juillet, les feux d’artifice drainent les spectateurs par milliers.

Un élan supplémentaire à partir de 2015.

Un nouveau directeur, Yohan Da Silva, lui succède en 2015. Le snacking prend une nouvelle dimension, avec le recrutement du chef cuisinier du prestigieux Hôtel des Vallées à La Bresse, pour devenir un restaurant haut de gamme. Une grande salle est construite pour les besoins de ce nouvel atout qui attire banquets, mariages, séminaires… Mini-bateaux radiocommandés et triathlon s’ajoutent aux compétitions organisées.

Côté lac, la base de loisirs se dote de deux attractions majeures avec l’Aquafly en 2018 puis le Waterjump en 2020, à la faveur de partenariats. Pour le bonheur des jeunes gens, venus souvent tout exprès au lac de la Moselotte pour en profiter. Près de ces deux équipements uniques dans la région, un troisième espace de restauration voit le jour, la roulotte à burgers et sa terrasse, entre le bar historique de l’entrée du site et celui de la plage sorti de terre dans les années 2000.

Un été 2022 de tous les records.

2022, après deux années impactées par le COVID et un été 2021 pluvieux marque la plus belle saison du lac de la Moselotte avec 48.000 entrées pendant la période payante en juillet et août. L’affluence est telle qu’il faut se stationner à des centaines de mètres de l’entrée avant d’y accéder. Parallèlement, le projet de créer un centre aqua-ludique fait son chemin : un investissement de plus 4 millions, largement subventionné, afin d’accompagner la diversification touristique.

La saison est toutefois ternie par la mort d’un jeune homme le 1er août : le gardien du camping (qui travaille pour le compte d’une société extérieure) décide de poursuivre en pleine nuit, avec sa voiture, celle de deux jeunes gens qui viennent de faire sauter des pétards sur le site : le conducteur perd le contrôle au centre-ville, percute une habitation et son passager est tué.

Et une nouvelle démission du directeur.

Vient l’automne, le retour des pêcheurs à la mouche mais aussi une crise sans précédent au sein même du conseil d’administration composé de six élus du conseil municipal et de cinq acteurs socio-économiques de la commune nommés après chaque nouvelle élection municipale. Le 1er novembre 2022, le directeur Yohan Da Silva donne sa démission suite à un « problème de communication » avec le président du conseil d’administration, le chef-cuisinier et la comptable en font autant.

Ce même 1er novembre, en signe de solidarité à ces trois départs, des membres du personnel écrivent « En grève » à l’entrée du bar-restaurant tout en continuant à assurer le service, jusqu’aux congés annuels le 14 novembre 2022.

Le bar-restaurant doit rouvrir le 9 décembre 2022. Avec quel directeur ? Quel chef-cuisinier ? Quel comptable ?

Mercredi 17 novembre 2022, la nouvelle réunion du conseil d’administration n’a pas fait avancer le schmilblick. A présent, la préfecture des Vosges est appelée en médiateur pour tenter de régler la crise au sein du conseil d’administration et de sortir de l’impasse.

D.J.