Franck Leroy, le Président de la Région Grand Est, réagit sur la situation de la station du Lac Blanc, dans un courrier adressé le 22 janvier 2026 à Eliane Romani et Lou Noirclère, co-présidents du groupe Les Ecologistes. Un courrier à lire ci-dessous.
Madame la Co–présidente, Monsieur le Co–président,
J’ai pris connaissance de votre courrier contestant le soutien que la Région Grand Est entend apporter à la Communauté de Communes de la Vallée de Kaysersberg pour le remplacement d’enneigeurs défaillants à la station du Lac Blanc.
Vous y évoquez les débats de la commission « Montagne, Ruralité, Patrimoine local et paysager >> du 19 janvier, en mettant personnellement en cause deux de nos collègues, Denise Buhl, Vice- Présidente de la Région Grand Est, et Philippe Borde, Président de la Commission.
Les débats entre les élus se doivent de respecter la personne mais aussi l’engagement de chacune et de chacun et ce, quelles que soient nos convictions politiques, quels que soient nos combats respectifs. Force est de constater que vous avez pu, Monsieur Noirclere, dépasser cette limite et je vous demande de bien vouloir, à l’avenir, vous astreindre à des propos plus respectueux du débat démocratique qui doit se faire dans nos instances.
Cela étant rappelé, vous m’interpellez et m’enjoignez à une prétendue clarification de la position de la Majorité Régionale sur le dérèglement climatique. Vous vous en êtes d’ailleurs fait l’écho dans la presse quotidienne régionale et ce, sans avoir la courtoisie d’attendre ma réponse. Dont acte.
La réalité du changement climatique dans les stations de moyenne montagne, comme dans toute notre Région, est aujourd’hui largement partagée. Les stations de ski vosgiennes sont fragilisées, frappées par une variabilité croissante de l’enneigement. Et ce sont les acteurs du territoire qui le vivent directement. Ils n’ont pas attendu pour s’engager dans le chemin de l’adaptation, des quatre saisons et de la diversification. Et je n’ai qu’admiration pour leur engagement et leur mobilisation pour le territoire dans lequel, depuis des années, ils investissent. Vous pouvez ne pas partager leurs visions, mais respectez que d’autres puissent penser autrement.
Nous faisons le choix d’aborder les effets du changement climatique au plus près du terrain, en concertation avec tous les acteurs qui maillent les Vosges, et avec une attention aux situations particulières qui s’expriment dans les trajectoires globales. La transition ne peut être décrétée depuis un bureau, ni imposée par l’injonction ou la stigmatisation. C’est précisément le rôle que la Région Grand Est assume : accompagner l’adaptation sans juger, sans opposer, sans condamner.
Dans le Massif des Vosges, cela se traduit très concrètement:
- par le développement d’études territorialisées Climsnow sur l’ensemble du Massif documentant finement les effets des dérèglements climatique ;
- par l’accompagnement de la diversification de l’offre touristique, à travers une stratégie de développement d’un tourisme quatre saisons, alliant randonnée, VTT, activités de pleine nature, thermalisme, valorisation du patrimoine naturel et culturel, et activités de neige ;
- par, aussi, des politiques pionnières pour préserver les écosystèmes et la biodiversité sur l’ensemble du Massif, à travers le programme européen Life (Biobiv’Est — Adapt’Est).
Depuis 2021, ce sont d’ailleurs 231 millions d’euros investis par la Région Grand Est dans le Massif des Vosges, aux côtés du Commissariat de Massif, pour renforcer la transition écologique, économique, énergétique, agricole, touristique de l’ensemble du Massif.
Deuxième point fondamental : notre approche a toujours été celle de l’écoute et du soutien aux territoires qui ont la légitimité de choisir leur propre destin. Ce n’est pas à nous de décréter ce que doivent faire les acteurs du tourisme vosgien. Le conseil communautaire de la Vallée de Kaysersberg a approuvé lors de sa réunion du 4 décembre dernier ce projet par 14 voix sur 16. Derrière ce vote, c’est toute une vallée, c’est toute une station, avec ses salariés, leurs familles. La station du Lac Blanc est une des dernières stations vosgiennes qui peut encore faire battre le cœur des loisirs d’hiver dans le Massif Vosgien.
Et cela n’est absolument pas contradictoire, ni antagoniste, avec la poursuite de notre accompagnement de la Station du Lac Blanc, comme des autres stations, dans une transition nécessaire, indispensable et économiquement viable. Les acteurs locaux en ont pleinement conscience et nous poursuivons tous les chantiers engagés avec eux et pour eux pour l’avenir.
La Région fait le choix clair de respecter cette volonté locale et de l’accompagner. À l’inverse, votre position consiste à opposer une lecture idéologique à l’expression démocratique des territoires. Elle revient à nier la légitimité de celles et ceux qui, élus au suffrage universel, vivent sur place et assument, au quotidien, les conséquences économiques et sociales des choix opérés. Nous refusons cette approche descendante qui prétend décider à la place des habitants ce qui serait bon pour eux.
Enfin, il serait réducteur et profondément injuste
de réduire la question de la neige à une simple variable technique ou budgétaire. Soutenir les acteurs vosgiens aujourd’hui ne signifie pas refuser l’évolution ni minimiser les transformations à venir. Cela signifie permettre à ces territoires de se transformer sans être reniés, de s’adapter sans être abandonnés, de regarder l’avenir sans renoncer à ce qu’ils sont.
La Région Grand Est poursuivra donc sa ligne constante et assumée : accompagner la transition écologique avec pragmatisme, soutenir les choix des acteurs locaux et défendre une montagne vivante, habitée et respectée. Nous continuerons à agir loin des postures, loin des procès d’intention, et au plus près des territoires.
Je vous prie de croire, Madame la Co–présidente, Monsieur le Co–président, en l’expression de mes salutations cordiales.
