Communiqué du Procureur de la République d’Epinal.
Le 28 janvier 2026, le maire de Saint-Michel-sur-Meurthe avisait les services de police de Saint-Dié-des-Vosges, de l’absence inquiétante d’une de ses administrées, Liliane Coinchelin, depuis au moins trois ans. Âgée de 72 ans, de santé fragile, se déplaçant avec difficulté, elle vivait avec son fils, dont le comportement conflictuel causait des difficultés à son voisinage.
« Une enquête en disparition inquiétante était immédiatement ouverte par le parquet d’Epinal, qui requérait l’ouverture d’une information judiciaire en recherche de personne disparue.  Le service interdépartemental de police judiciaire de Nancy était saisi par le magistrat instructeur » indique le procureur de la République Frédéric Nahon, ce vendredi 06 mars 2026, dans un communiqué.
Les investigations menées établissaient que les deux fils et la belle fille de Madame Coinchelin donnaient des versions peu crédibles sur la disparition, indiquant notamment qu’ils l’avaient vue en début d’année 2026, alors que les témoins entendus indiquaient n’avoir pas vu l’intéressée depuis plusieurs années. « La perquisition du domicile montrait l’absence totale de vie. En revanche, les comptes bancaires de l’intéressée continuaient à fonctionner, de nombreux prêts ayant été souscrits depuis 2022, par ses fils » poursuit le procureur.
Celui-ci détaille ensuite que « Les enquêteurs établissaient que Madame Coinchelin avait été placée sous tutelle par jugement du 27 septembre 2021 suite à une requête du parquet du 26 mai 2021. Cette décision était frappée d’appel par Madame Coinchelin et ses deux fils. La cour d’appel de Nancy, confirmait la mesure de tutelle, le 17 juillet 2023, après avoir ordonné une expertise psychiatrique de Madame Coinchelin qui se présentait à l’audience du 9 mai 2022 et à l’expertise le 20 septembre 2022. Dans son rapport du 15 mai 2023, l’expert concluait à la nécessité d’une mesure de protection en raison de ses troubles du comportement et d’une vulnérabilité psychique liée à son âge. Il relevait des interactions avec son fils colocataire qui paraissait vindicatif et problématique. Il préconisait que la tutelle soit confiée à un tiers. Les deux fils formaient un pourvoi en cassation, qui était rejeté le 20 novembre 2025 ».
Le procureur précise « qu’un courrier était adressé au tuteur par le frère de Madame Coinchelin le 7 février 2025 où il faisait état de ses inquiétudes, liée à l’absence totale de contact avec sa sÅ“ur, ce courrier était communiqué en copie au juge des tutelles. L’ATV en charge de la tutelle adressait au juge des tutelles de Saint-Dié un courrier en date du 25 juillet 2025 indiquant que Madame Coinchelin ne répondait pas à ses sollicitations, y compris lors de leur venue à son domicile. Un courrier du frère et de la nièce de Madame Coinchelin était adressé à la juge des tutelles le 12 octobre 2025 reprenant les mêmes inquiétudes ». Mais « aucun signalement n’était enregistré au parquet suite à ces courriers ».
Par ailleurs, « les enquêteurs établissaient qu’une décision civile avait été rendue suite à la succession du père de Madame Coinchelin les obligeant à rapporter une somme de plus de 200 000 euros ».
Au vu de l’ensemble de ces éléments, le parquet ouvrait une information judiciaire criminelle, des chefs de meurtre, séquestration, escroquerie en bande organisée.
Agissant sur commission rogatoire, les enquêteurs procédaient au placement en garde à vue des deux fils de Madame Coicnhelin et de la compagne de l’un d’eux.
Lors de leurs auditions en garde à vue, le plus jeune des fils faisait usage de son droit au silence.
« Le fils aîné et sa compagne reconnaissaient que Madame Coinchelin avait été séquestrée au domicile de son frère pendant plusieurs mois en étant enfermée dans sa chambre, sans aucun soin et peu de nourriture. Elle y était privée de liberté et surveillée en permanence par une caméra reliée aux téléphones de ses deux fils. Un dispositif de glace sans tain était mis en place. Ses propos étaient corroborés par la perquisition, même si les vidéos n’étaient pas retrouvées » révèle le procureur.
« Le mis en cause ajoutait que son frère avait poussé sa mère à plusieurs reprises sur le lit. L’état de santé de sa mère s’était dégradée, elle ne pesait que 30 kilogrammes. Il expliquait avoir assisté en direct au décès de sa mère en regardant la vidéo ; lors de sa dernière audition, il finissait par admettre avoir vu son frère secouer sa mère qui était décédée juste après ce geste. Les faits se seraient déroulés d’octobre 2022 à fin janvier 2023 ».
Toujours selon le parquet, « le mis en cause et sa compagne expliquaient que son frère avait entreposé le cadavre de leur mère dans le garage, puis l’avait enterrée dans un bois qu’il identifiait. Il leur avait demandé de ne rien dire et avait remis la maison en bon état. Ils avaient de concert continué à utiliser les comptes de la défunte en laissant croire qu’elle était toujours vivante ».
De nombreuses investigations restent à réaliser dans le cadre de l’information judiciaire, notamment pour vérifier les déclarations des mis en examen, en particulier, la recherche du corps de la victime, l’audition de témoins, des analyses techniques et scientifiques, des vérifications bancaires.
« Les actes d’enquête déjà réalisés permettent d’établir que les trois mis en examen, liés par des relations familiales étroites, se sont concertés depuis plusieurs années pour dissimuler la séquestration de la victime, ses conditions inhumaines d’hébergement, les actes subis et son décès. Les trois protagonistes ont ainsi mis au point une version commune, avec pour objectif de laisser penser que la victime était toujours en vie et de continuer à percevoir ses revenus et de faire fonctionner ses comptes » relève le procureur.
Celui-ci note également « qu’ils n’ont pas hésité à réitérer cette version devant les services tutélaires, bancaires, le voisinage, les commerçants, puis devant les policiers dans le cadre de la procédure initiale de disparition inquiétante, allant jusqu’à affirmer que la victime était encore vivante, en janvier 2026, ayant passé les fêtes de Noël avec elle, puis en organisant une battue, alors qu’ils savaient que la victime était décédée depuis plusieurs années ».
A l’issue de leur garde à vue, les trois mis en cause ont été présentés devant le magistrat instructeur.
Le plus jeune des fils était mis en examen des chefs d’actes de torture et de barbarie ayant entrainé la mort, séquestration en bande organisée, escroquerie en bande organisée, atteintes à la dignité d’un cadavre.
Le fils ainé et sa compagne étaient mis en examen des chefs de complicité d’acte de torture et de barbarie ayant entraîné la mort, séquestration en bande organisée, escroquerie en bande organisée.
La détention provisoire a été requise.
Agés de 39, 40 et 45 ans, les mis en examen sont inconnus de la justice.
