Saint-Nabord – Julien Balland : trois voies, quatre années et une passion dévorante !

 

En seulement trois ans, Julien Balland, sportif aguerri, a gravi le Mont Blanc par ses trois principales voies d’ascension. Une aventure née presque par hasard à Chamonix en 2022, et qui pour le navoiriaud, s’est transformée en une véritable passion pour l’alpinisme et les sommets de haute altitude. Une histoire faite de dépassement de soi, d’humilité et d’une fascination intacte pour la montagne.

Il y a des passions qui naissent doucement. Et puis il y a celles qui vous saisissent, qui vous habitent et qui finissent par devenir une véritable évidence.

Pour Julien Balland, tout a commencé effectivement en 2022, à Chamonix, grâce à son beau-père. Il confie : à cette période, je me suis mis à chercher des randonnées de plus en plus hautes. J’avais envie d’aller voir cette haute montagne, de grimper davantage, d’escalader et gravir des sommets rocheux et surtout, de repousser toujours un peu plus haut mes propres limites. J’étais totalement habité par cette envie.

Julien a commencé par un stage technique de cramponnage sur glacier, avant de réaliser sa première ascension d’un sommet de plus de 4 000 mètres, un cadeau offert par ses beaux-parents. Ce fut une véritable révélation. En quelques jours, il découvre les joies de l’alpinisme, mais aussi tout ce que cette discipline exige : de la concentration, de la préparation, de l’engagement et une capacité permanente à s’adapter aux conditions de la montagne.

Il avoue aujourd’hui : depuis cette semaine là, j’ai immédiatement senti que j’avais trouvé quelque chose qui me correspondait. Avec le sentiment que j’étais fait pour ça.

Une sensation renforcée par son adaptation naturelle à l’altitude. Julien fait précisément partie de ces personnes qui supportent particulièrement bien la haute montagne et qui ne ressentent pratiquement aucune gêne physiologique à plus de 4 000 mètres. Il précise en outre : c’est assez paradoxal, car je peux être malade en voiture ou sur un bateau, mais une fois en altitude, je me sens particulièrement bien. Alors, forcément, j’ai voulu aller plus loin.

Trois voies pour un même sommet

En 2023, Julien a réalisé sa première ascension du Mont Blanc par la voie italienne, réputée pour être particulièrement exigeante. Une première rencontre avec le sommet mythique qui allait rapidement devenir le fil conducteur de ses aventures alpines.

En 2024, il choisit  de l’aborder par la voie normale, avec notamment le passage du célèbre couloir du Goûter, surnommé le « couloir de la mort » en raison des chutes de pierres et des risques objectifs qu’il présente.

Puis en 2025, il décide de changer de massif et de partir cinq jours dans le Mont Rose. Cinq jours, cinq ascensions de sommets à plus de 4 000 mètres. Une aventure extraordinaire, qui lui a permis de continuer à progresser et d’accumuler de l’expérience.

Mais, au fond de lui, Julien savait qu’il lui restait un dernier grand défi. Il confie : depuis mes débuts, une voie m’attirait particulièrement : la voie des Trois Monts, considérée comme l’une des plus exigeantes techniquement et physiquement pour atteindre le sommet du Mont Blanc. L’itinéraire passe successivement par le Mont Blanc du Tacul, le Mont Maudit, avant de rejoindre le sommet du Mont Blanc. Voilà ce qui était devenu mon challenge pour cette année 2026. Et je n’ai pas été déçu. Pour tout avouer, c’est la première fois que j’ai réellement éprouvé autant de difficultés lors d’une ascension…

Julien explique ainsi que la voie impose une concentration permanente. Certains glaciers sont extrêmement pentus et les franchir demande un engagement physique et mental important. Il n’y a pas de place pour l’erreur. Chaque pas doit être réfléchi, chaque mouvement maîtrisé.

Il ajoute encore : nous avons également dû traverser d’immenses crevasses, dont certaines ont considérablement évolué sous l’effet du réchauffement climatique. A cela s’ajoute la présence des séracs, ces énormes blocs de glace instables qui peuvent se décrocher à tout moment. Le 2ème jour, nous avons d’ailleurs assisté au décrochement d’un sérac particulièrement impressionnant, juste devant nous. Ce sont des moments qui rappellent brutalement que, dans cet environnement, nous ne sommes jamais maîtres du jeu.

Et pourtant, pour Julien et ses amis, malgré toutes ces difficultés, l’aventure s’est déroulée dans de très bonnes conditions. L’objectif a été atteint  et l’expérience  s’est avérée hors du commun.

Quelques jours plus tard, les conditions sur cette voie se sont encore dégradées. Les crevasses ont continué à s’agrandir et un accident dramatique est venu rappeler la dangerosité de cet itinéraire. Une cordée de trois alpinistes tchèques a été emportée, avec une issue tragique. Dans la foulée, les compagnies de guides ont décidé de fermer la voie jusqu’à l’hiver, considérant que les conditions étaient devenues trop dangereuses.

Cette succession d’événements donne forcément une dimension particulière à notre ascension, traduit Julien, tout en ajoutant :  elle rappelle surtout une réalité que tout alpiniste doit garder à l’esprit. La montagne évolue en permanence et l’homme doit savoir s’adapter à ses changements.

« Face à la montagne, je me sens infiniment petit »

Fort de cette expérience, Julien Balland la résume à sa manière : après avoir gravi le Mont Blanc par ses trois principales voies, je pense qu’il est peut-être temps pour moi de refermer ce chapitre particulier avec ce sommet. Une chose est certaine : Le Mont Blanc m’a offert bien plus que je n’aurais jamais imaginé lorsque j’ai commencé à marcher en montagne en 2022. Il m’a permis de découvrir une passion, de repousser mes limites, de vivre des moments extraordinaires et surtout de comprendre une chose essentielle : face à la montagne, je ne me sens ni  fort, ni courageux. Je me sens infiniment petit.

Pour conclure son récit, Julien tient à souligner : c’est peut-être justement cette humilité qui permet de continuer à avancer en montagne. On ne domine jamais un sommet. On ne le conquiert pas réellement. On a simplement la chance, un jour, qu’il nous laisse passer…

Evoquant la suite, Julien précise : il me reste tellement de choses à découvrir, tellement de sommets à parcourir et de nouvelles expériences à vivre. Le Cervin sera probablement sa prochaine étape. Et puis, un jour peut-être, l’Eiger. Mais il sait désormais que l’essentiel n’est pas forcément d’accumuler les sommets.

Ce qui compte, c’est le chemin parcouru pour y arriver, les personnes avec qui on partage ces moments – dont une partie de l’ascension faite avec Sylvain Tesson cette année – les difficultés que l’on surmonte et surtout ce que la montagne nous apprend sur nous-mêmes.

Et après trois années d’alpinisme, une chose est sûre : je ne suis pas devenu plus grand que la montagne. Au contraire, plus je monte, plus je mesure à quel point je suis petit.

 D.P.

Laisser un commentaire