Chantier de fouilles en cours à Grand : une découverte exceptionnelle autour de 500 dés à jouer antiques

La campagne de fouilles archéologiques menée cet été à proximité de la basilique et de sa célèbre mosaïque continue de révéler les secrets de l’ancienne cité gallo-romaine. Les chercheurs viennent de mettre au jour la plus importante collection de dés à jouer de l’Antiquité jamais découverte, avec plus de 500 exemplaires en os retrouvés autour d’un petit bâtiment dont la fonction demeure encore mystérieuse.

Lancée en 2022, cette opération archéologique vise à reprendre l’étude de vestiges explorés dans les années 1960. La campagne 2026 se concentre sur un édifice d’environ 4,50 mètres sur 3,80 mètres, implanté le long d’une voie antique orientée est-ouest. Ses murs, décorés de peintures rouges reposant sur une plinthe jaune, témoignent du soin apporté à sa construction.

Un bâtiment aux multiples hypothèses

Quelle était la fonction de ce petit bâtiment ? Les archéologues avancent plusieurs pistes. Il pourrait s’agir d’un atelier de fabrication de dés à jouer, d’un sanctuaire ou encore d’un espace consacré aux jeux placé sous la protection d’une divinité. Pour l’heure, aucune hypothèse ne l’emporte, mais la présence de trois dés intégrés directement dans les fondations laisse penser que ces objets entretenaient un lien particulier avec l’édifice.

Une conduite d’eau et un bassin

Au nord du bâtiment, les fouilles ont également mis au jour une conduite hydraulique longue d’une vingtaine de mètres. Deux frettes en fer, encore en place, témoignent de l’utilisation de tuyaux en bois assemblés selon une technique romaine. À son extrémité, une fosse quadrangulaire pourrait avoir accueilli un bassin en bois, actuellement en cours d’étude.

Les archéologues y ont également découvert des fragments d’aiguilles, des céramiques et des ossements d’animaux, autant d’indices qui contribueront à mieux comprendre l’organisation de ce secteur de la cité antique.

Une découverte unique

Autour du bâtiment, les chercheurs ont recueilli un mobilier particulièrement riche : clous de chaussures, fibules, monnaies en bronze, fragments de vaisselle, aiguilles à chas et surtout plus de 500 dés en os.

Tous présentent une fabrication soignée. Les chiffres sont gravés sous forme d’ocelles – de petits doubles cercles – et suivent le modèle dit « Sevens », dans lequel la somme des faces opposées est toujours égale à sept. Certaines gravures étaient probablement rehaussées d’un mélange de cire et de charbon afin d’en améliorer la lisibilité.

Jouer… ou prédire l’avenir

Dans l’Empire romain, les dés ne servaient pas uniquement aux jeux de plateau. Ils étaient utilisés dans toutes les couches de la société et pouvaient également intervenir dans des pratiques divinatoires destinées à interroger le destin. Cette double fonction explique peut-être le caractère singulier de la découverte réalisée à Grand.

Organisées par le Conseil départemental des Vosges avec le soutien du ministère de la Culture (DRAC Grand Est), les fouilles sont dirigées par Thierry Dechezleprêtre, conservateur en chef au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Une quinzaine d’étudiants en archéologie participent à cette campagne, ouverte au public jusqu’au 30 juillet, à proximité de la basilique.