Ils veulent qu’Emigerta passe son Bac à Épinal !

« Cette expulsion est illégale, confirme l’avocat Maître Jean Géhin, ou alors que la préfecture nous présente l’autorisation du juge. C’est elle qui a fait appel du jugement,  c’est à elle d’apporter les preuves de sa contestation ». 120 personnes, dont des profs et des élèves de sa classe sont venues choquées, demander le retour d’Emigerta !

Emigerta, qui venait de fêter ses 20 ans a été expulsée en pyjama, sans même pouvoir prendre quelques affaires. Elle a été embarquée avec son frère de 23 ans et sa maman jusqu’à l’aéroport de Metz pour être ramenée à Tirana (capitale de l’Albanie).

 

Mon bac ? Comment  je vais passer mon Bac ?

« Depuis, elle se cache dans  une petite chambre et suit ses cours à distance », raconte sa professeure principale, qui l’a même accompagnée devant la Cour d’appel. « Elle m’a appelée de l’aéroport. Elle était terrifiée et ses derniers mots ont été : Mon bac ? Comment je vais passer mon Bac ? ».

Pas d’autorisation d’un juge pour entrer chez la famille

La demande de la famille Metalia a été rejetée comme beaucoup de dossiers d’Albanais. Ce pays n’est plus en guerre et n’entre plus dans les pays protégés par la convention de Genève. Le préfet appliquait les règles, il était en droit d’expulser la famille, mais avant d’entrer dans un appartement, il faut l’autorisation d’un juge. Or la préfecture n’a pas pu fournir cette autorisation. Ce qui rend la procédure illégale. Il y a violation de domicile.

« Aujourd’hui, Emigerta compte sur nous ! »

Ce matin, c’est le manque d’humanité de cette expulsion qui choque les gens rassemblés. « Emigerta était parfaitement intégrée. Elle était sérieuse, elle était brillante. Elle ne lâchait rien et progressait très vite au niveau de la langue française. Elle voulait faire sa vie loin des menaces et des conditions de vendetta, qui ont amené sa  famille en France, il y a 4 ans. Aujourd’hui, elle compte sur nous ! », explique sa professeure.

Obtenir un visa

Elle a mis dans la boucle Stéphane Viry qui va plaider la cause d’Emigerta et tenter d’obtenir un visa pour qu’elle passe son Bac. Emigerta avait 16,23 de moyenne, ce qui correspond à une mention très bien. « Je vais faire appel à Brigitte Macron. Elle a été prof et a sûrement eu des élèves comme Emigerta. Elle devrait se rappeler… », poursuit sa professeure, prête à remuer des montagnes.

 

Les jeunes engagés

« Si nous, on était à leur place, qu’est-ce qu’on ferait ? interroge Clara, qui veut pouvoir se regarder en face plus tard. Si on n’agit pas maintenant, quand le fera-t-on ? On côtoyait Emigerta tous les jours. Elle fait partie de notre vie. Les jeunes ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont en France… ». Emigerta a été un électrochoc pour leur conscience citoyenne.

 Elle a droit à la liberté, l’intégration, l’avenir

 « Elle est merveilleuse, poursuit Guénaelle. Elle avait toujours le sourire, elle apportait sa culture, elle était proche de nous. Je n’oublierai pas ces moments avec elle. Je serai toujours là pour elle ! ». « Je suis fier de voir ces jeunes s’engager pour soutenir Emigerta. Je me sens solidaire de cette jeunesse qui ne se laisse pas faire », salue Jean-Noël Delahaye. Sa professeure aussi : « C’est elle qui a le plus travaillé. Elle représente la France sous son meilleur visage. Elle avait droit à la liberté, l’intégration, l’avenir ».

 

Que la préfecture fasse revenir Emigerta 

« Je suis choqué par cette expulsion illégale », exprime Andréas Pfeiffer, « nous sommes tous à un moment donné des migrants. Que la préfecture ait ce courage de reconnaitre son erreur et qu’elle fasse revenir Emigerta ! ». Des partis politiques soutenaient également le mouvement pour la défense des droits humains, même si personne n’est dupe du contexte de campagne électorale.

 

Brigitte Boulay